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 Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]

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MessageSujet: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Dim 10 Fév - 3:32

    Ma tête se pose lentement contre la vitre de la voiture. Je regarde la route défiler sous mes yeux. J'ai toujours rêvé de m'asseoir devant, côté passager. Personne ne m'avait jamais laissé monter à cette place, que pourtant, je convoitais depuis des années. Trop petit, me disait-on. Et s'il y avait un accident, me disait-on. Je ne soufflais pas, je ne râlais pas, je ne grognais pas. Je baissais la tête, déçu, regardant avec de grands yeux brillants en m'asseyant à la place des enfants. Derrière. Toujours derrière. J'étais toujours derrière. Là, je suis assis devant et je regarde la route. J'aurais cru qu'elle serait différente si j'étais assis devant. En fait, c'est la même. Être devant, c'est juste pareil. Je ne me sens pas plus grand, pas plus important. Madame Drake me parle mais je ne l'écoute pas. C'est pas très important aussi ce qu'elle dit. Au moins, quand je suis derrière, elle ne me parle pas. Elle est gentille, Madame Drake. Elle me dit de l'appeler Kate, mais j'y arrive pas. Elle par contre, elle m'appelle Tim. Mon prénom est peut-être trop long pour elle. Je l'ai pas vraiment choisi. C'est vrai que j'ai eu du mal à l'écrire quand j'ai commencé à apprendre. Je fronçais souvent les sourcils, la langue tirée, à essayer de bien emboiter les lettres dans ma tête, à ne pas me tromper. Mais souvent, je me ratais. La maitresse me criait un peu dessus avant de devenir toute gentille. Elle soupirait beaucoup avec moi, mais je crois aussi qu'elle était très patiente. J'ai réussi à l'écrire, mon prénom, même s'il était long. Les gens peuvent bien m'appeler comme ils veulent. Madame Drake peut m'appeler Tim si ça lui fait plaisir, si ça lui donner l'illusion que l'on va devenir proche. C'est pas ma maman. Ça ne le sera jamais. Mais elle est gentille. Elle s'occupe bien de moi. Je crois que c'est la première fois qu'on s'occupe si bien de moi. J'ai pas le droit de râler. J'ai pas le droit de l'ouvrir. J'essaye même de lui sourire, des fois. Ça lui fait plaisir je crois. Mais là, j'ai pas envie de l'écouter. Parce que l'endroit où on va, je veux pas y aller.

    Quand Papa a été emmené, on m'a dit que je devrais parler de ce qu'il m'est arrivé. Je comprenais pas. Je comprends toujours pas. Pourquoi ? On dit que c'était mal, mais je dois le dire. Je comprends pas. Si c'est moi, on ne devrait pas en parler, non ? J'ai jamais su si c'était bien ou mal, je connais pas ces choses-là. J'en sais strictement rien. Et ça me donne juste envie de bouder. Je gonfle les joues, mon front toujours contre la vitre. J'ai envie de souffler dessus, que de la buée apparaisse comme par magie et dessiner sur la vitre des petits sourires. Parce que c'est bien de sourire et ça évite qu'on pose trop de questions. On m'en a déjà trop posé et je ne savais jamais quoi répondre, s'il y avait une réponse juste ou fausse. J'aime pas ça. Ça sonnait comme des questions pièges, comme quand la maitresse nous donnait des tests à faire et qu'il fallait cocher la bonne réponse. Ça me faisait paniquer aussi. Et si je disais quelque chose de mal ? Et si je disais quelque chose qu'il fallait pas ? Sur qui ça allait retomber ? Sur moi ? Je les regardais avec mes grands yeux bleus, bien ouverts et je secouais la tête. J'attendais que ça passe. Comme toujours, j'attendais jusque que ça passe... Et les questions cessaient. Tant mieux. J'ai cru qu'avec un peu de chance, les gens oublieraient, que j'oublierai aussi. Je me suis lamentablement trompé. J'oublie pas. J'y pense tout le temps. Surtout la nuit. J'ai envie de pleurer, mais je ne vais pas voir Madame et Monsieur Drake, comme ils me l'ont demandé si j'avais un soucis. Mais les grands garçons ne pleurent pas, ils restent forts, la tête haute. Ma tête est collée contre la vitre, je ne veux pas la relever. Je ne veux pas être fort. Je veux juste me pelotonner dans un petit trou de souris. Si moi je ne peux pas oublier, je veux que les autres m'oublient.

    Madame Drake continue de parler, durant tout le trajet. Je jette un bref coup d’œil au poste de radio, j'ai bien envie de l'allumer, mais j'ai peur qu'elle me gronde. Je le regarde, le boudant alors qu'il me nargue de son silence. Je finis par croiser les bras, j'espère qu'elle remarquera que le sujet de discussion, de son petit monologue, est clos. Je ne veux pas qu'elle me parle, je ne veux pas lui parler, je veux que personne me parle, je veux du silence. Ou de la musique. Juste un peu de musique pour fermer les yeux et dormir. Maman chantait parfois. Plus personne ne chante pour moi désormais. Je n'ai que des cris, que des mots méchants et désagréables, des mots que je ne veux pas entendre, des discussions que je ne veux pas écouter. Qu'on me laisse tranquille. Je voudrai ramener mes jambes contre moi mais si je mets les pieds sur les sièges, elle risque aussi de me gronder. Et elle n'arrête pas de parler. Je ferme vivement les yeux et prie pour que l'on s'arrête bientôt, que je n'entende plus le son de sa voix, enfin.

    Le voyage ne dure pourtant que quelques minutes, il me semble s'être écoulé une éternité. Madame Drake se gare alors que je me penche davantage contre la vitre, ne regardant que le ciel. Je vais pouvoir enfin respirer, sortir de cette voiture. Un petit sourire en coin se dessine au creux de mes lèvres alors qu'elle me dit que je peux sortir. Liberté, douce liberté. Ma main est déjà sur la poignée et je bondit hors de la voiture, respirant à plein poumons l'air frais, les yeux mi-clos. Je veux rester dehors, ne pas aller voir cette femme, je ne veux pas parler, je veux juste rester dehors et passer des heures à regarder le ciel en espérant qu'un jour, je puisse m'envoler, loin, avec les oiseaux. Madame Drake m'interrompt et je me tourne vers elle en faisant la moue. Elle s'avance vers moi, elle a apprit à ne pas me toucher, et me fait signe de la suivre en souriant. Moi, je n'ai pas du tout envie de sourire. Je jette un dernier regard au ciel, adieu mon petit paradis, et la suit en trainant des pieds, la tête basse. Je tire instinctivement sur les manches de mon petit sweat, pensant vainement qu'il réussirait à me cacher tout entier. Je lui emboite le pas et nous rentrons dans l'enceinte du bâtiment. Un bâtiment qui me fout les chocotte. Je frissonne violemment en regardant les murs alors qu'elle me demande de m'asseoir dans la salle d'attente. J'ai l'impression de faire une visite chez le médecin, sauf que le médecin veut que je parle, que je raconte des choses. Mais je veux pas et j'aime pas parler de toute manière. J'ai décidé que je ne parlerai pas, voilà tout. Tant pis pour eux, ils ont qu'à trouver une solution d'entrer dans ma tête ou de savoir sans que j'ai à ouvrir la bouche.

    Assit sur la chaise, j'attends. Compter les secondes, les minutes, c'est pas trop mon truc. Mais je sais que j'attends longtemps, alors je m'occupe comme je peux. Je tire sur ma manche, me triture les doigts, me ronge les ongles ou balance mes pieds. Sur la petite table basse, il y a des magazines. J'aime bien lire, mais pas ces trucs-là. Pourtant, je ne détache pas mes yeux des magazines. Je descends de mon siège et m’accroupis face à la table, attrapant du bout des doigts l'un d'eux, le déplaçant sans un bruit jusqu'à moi. J'humidifie mes lèvres et l'ouvre lentement. J'ai bien envie d'en arracher une page pour me faire une cocotte en papier. Je me rappelle qu'à l'école, j'avais apprit à en faire, mais ce ne serait pas bien d'arracher la page, c'est pas à moi. Je regarde la page sans la lire, soupirant, m'imaginant déchirer la page et faire ma cocotte. Je fais et refais les gestes dans ma tête, je déchire une autre page, en fais une autre et ainsi de suite jusqu'à finir tout le magazine, mais je laisse la première et quatrième de couverture. Je pose mes coudes sur la table, mon menton dans le creux de mes mains. Je me rends compte que j'aurais dû prendre mon cahier de brouillon et mes feutres, le temps serait passé plus vite. Soudain, la porte s'entrouvre et Madame Drake s'accroupit avec un peu de mal face à moi. Je ne la regarde pas, les yeux toujours rivés sur le magazine, je sais pourtant qu'elle est là. Elle m'explique qu'une dame va me recevoir, qu'elle ne restera pas avec moi et que la dame l'appellerait quand nous aurions fini. Je n'ai pas le droit de dire que je veux pas et que je veux rentrer. J'acquiesce du bout du nez en haussant les épaules. Je vois sa main se lever, sûrement pour la poser sur mon épaule ou sur le haut de ma tête, mais elle se ravise. Elle doit se rappeler de la crise de larmes que j'ai faite en arrivant lorsqu'elle m'a prit la main. Je recule tout de même la tête et la tourne, refusant de lui dire au revoir. Elle se relève, je l'entends à peine soupirer et s'en aller. Cette fois, ce sont ses pas qui se font lents, las. Je reste accroupit dans la salle d'attente et finit par poser mes fesses sur le carrelage, ma joue contre la petite table. Je veux pas fermer les yeux, mais le froid me rassure et m'apaise. J'ai l'impression de ne plus penser à rien. Si, à mon paradis, mon ciel et mes feutres. Et ma cocotte en papier que je ne pourrais pas faire. C'est pas grave, j'en ferais une en rentrant à la maison. Mais c'est pas ma maison... C'est pas mon papier... Ce ne sera pas ma cocotte. Je me replie un peu sur moi-même alors que j'entends des talons claquer derrière moi. Je serre fort mes jambes contre mon torse avant de tourner légèrement la tête vers la dame.

    Je ne peux m'empêcher d'écarquiller les yeux. Oh, comme elle est jolie ! Ma bouche s'ouvre en grand, je la regarde longuement, ne pouvant me relever encore. Elle a de grands yeux clairs elle aussi et ses cheveux ont la couleur du soleil. On dirait une princesse, comme dans mes livres. Une princesse, une elfe ou un ange. Mais plus une princesse quand même. Son prince doit avoir de la chance. Je cligne plusieurs fois des yeux avant de finalement me relever. J'époussette mon pantalon, j'espère ne pas l'avoir sali, je ne veux pas me faire gronder en rentrant. Je la regarde toujours, rougissant légèrement, honteux, puis baisse la tête, mes mains derrière mon dos. Elle est vraiment très jolie, ça ne m'empêche pas de vouloir prendre mes jambes à mon cou et de me terrer sous ma couette. Je reste silencieux, mes lèvres sont closes, je ne bouge pas, n'avance pas vers elle. Je reste planté là et j'attends. J'attends juste que ça passe.


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MessageSujet: Re: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Dim 17 Fév - 3:11





Ils disent que c’est la faute des jeux vidéos, que c’est ce qui rend les enfants violents, que les heures passées devant leurs écrans les transforment en monstres. Ils disent aussi que c’est la faute des livres, de la musique. « Ce n’est pas ma faute, vous savez, ma mère ne m’aimait pas. » Il doit y avoir un mobile, une justification, quelque chose. Comment expliquer autrement l’inexplicable ? Comment accepter qu’il n’y ait simplement pas d’explication ? Que les hommes sont parfois mauvais sans raison, sans but et sans excuse. La noirceur de l’âme humaine n’a pas de limites. La cruauté, pas de frontière. Non, la perspective qu’il se cache un monstre en toute personne, que les tueurs, les violeurs et les criminels soient semblables à nous semble bien trop dure à supporter.

Monsieur Grayson était un monstre. J’ai observé sa photo dans le dossier de Timothy. Il a l’air si… normal, gentil. Je suis encore surprise, parfois, de constater à quel point le mal peut avoir un visage humain. J’ai cherché dans ses yeux, ce quelque chose, le diable ou la folie, je n’ai rien vu d’autre qu’un homme comme les autres. Personne ne se doutait de rien, c’est ce qu’ils ont tous affirmé. C’est toujours la même chose dans les petites communautés, ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. Se contenter de fermer les yeux jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’autres choix que de les ouvrir. Ce genre de chose pourrait bien arriver à Caswell, en vérité, ce genre de chose est déjà arrivé. Ici ou ailleurs, les noms et les visages changent, mais l’histoire reste la même, des histoires de souffrances et de douleurs à peine supportables à imaginer. Des enfants trahis par ceux qui devaient les protéger, réduits au silence par l’amour qu’ils portent à leurs bourreaux.

J’observe la mer depuis la fenêtre du bureau, les mains autour de ma tasse de café, tiède à présent. Les bateaux, de simples points blancs sur la mer indigo, rentrent de leur mâtiné de pêches. Certains d’entre eux appartenaient à mon père. Il préférait passer ses journées en mer plutôt qu’avec sa famille, même lorsqu’il ne travaillait pas. C’est peut-être mieux ainsi. Je me souviens des interminables après-midi quand il décidait soudainement que nous devions passer plus de temps ensemble et qu’il nous forçait, Andrea et moi, à l’accompagner. Il se souciait peu du fait que j’ai toujours eu peur de l’eau. Il essayait de nous transmettre sa passion, cela a marché avec ma sœur, elle passe son temps libre au club de voile de Caswell ou à traine dans les hangars de l’entreprise familiale. Moi je me contente encore de haïr mon père, malgré sa mort. Alors, je me demande, comment, malgré tout ce qu’il a pu subir, Timothy peut-il encore réclamer son père ? La voix de Mme Drake me sort de la contemplation silencieuse de l’océan, elle contorsionne ses doigts nerveusement sur ses genoux, faisant craquer ses phalanges. Elle est nerveuse, nerveuse que je lui enlève Timothy.

« C’est un gentil garçon vraiment Dylan. Il est poli, pas très bavard, mais bien élevé. Il essaye tout le temps de faire plaisir et de se montrer utile. Mais je dois dire que… j’ai rarement vu un enfant aussi renfermé. Je peux comprendre avec tout ce qu’il a subi, mais je m’inquiète malgré tout pour son bien-être. Comme je vous l’ai dit, il réclame parfois son père et refuse encore le contact physique. »

Je porte la tasse à mes lèvres et grimace au goût rance du café froid. Rien de tout çà n’est vraiment surprenant en somme. Et malgré les inquiétudes de Mme Drake, je n’ai aucune intention de lui retirer la garde de Timothy. C’est une gentille femme, douce et patiente. Elle aurait fait une Bonne Mère si elle avait eu la possibilité de l’être un jour. Et n’est-ce pas là le plus cruel ? Qu’une femme comme Kate Drake n’ai jamais pût élever ses propres enfants parce que la nature ne le lui a pas permis alors que chaque jour je retire à des familles les fils et filles dont ils sont incapables de s’occuper. Il m’arrive de me demander si je ferais une Bonne Mère moi-même. J’ai failli l’être, une fois, et si je ne regrette pas ce que j’ai fait une seule seconde, je me demande parfois comment les choses auraient pût être. Je suppose que je ne m’ôterais jamais vraiment cette question de la tête, que je n’en connaîtrais jamais la réponse. Je lui souris, mais mon sourire est presque douloureux.

« Ne vous inquiétez pas Kate, il lui faut un peu de temps pour s'habituer à la situation, mais ça viendra. Je vais discuter avec lui, mais je suis certaine que vous vous en sortez bien et pour le moment, d’après ce que m’a dit le psychologue, il a déjà fait des progrès. Il lui faut simplement du temps. »

Elle soupire, presque soulagée. Je rassemble les papiers éparpillés sur le bureau et les ranges dans le dossier devant moi. Je me lève pour lui serrer la main et l’accompagne jusqu’à la salle d’attente. Je n’ai encore jamais eu l’occasion de discuter avec Timothy Grayson. En vérité, je ne l’ai même jamais vu. Tout ce que je sais de lui m’a était transmis par les services sociaux de Caroline du Nord et le psychologue le suit depuis son arrivé à Caswell. Pourtant, j’ai l’impression de le connaitre, comme un personnage de roman dont on m’aurait conté les mésaventures. À la différence que Timothy est bien réel et qu’il se tient derrière la porte vitrée devant moi. Mme Drake s’est agenouillée à ses côtés et doit certainement lui expliquer la situation. Il est si chétif, si fragile pour son âge, il semble beaucoup plus jeune que ses 12 ans. Il a l’air perdu, comme dans un autre monde, étrangement ailleurs. Il réagit à peine. Je soupire en imaginant ce qui doit bien se passer dans la tête d’un enfant de 12 ans terrifié. Mme Drake se relève finalement et me rejoint dans le couloir.

« Il est tellement gentils Dylan, je ne comprends pas comment on a pût lui faire du mal. »

J’acquiesce gravement, je ne dis rien, il n'y a rien à dire, cela reviendrait à lui avouer que je n’en ai aucune idée non plus. Je pousse la porte de la salle d’attente et reste en retrait, attendant qu’il prenne conscience de ma présence. Quand il tourne finalement la tête vers moi, je lui souris doucement. Il se relève et mets les mains derrière son dos comme si je l’avais pris en faute.

« Bonjour Timothy, je suis Dylan Rosenwood, tu peux m’appeler Dylan si tu veux. On va aller dans mon bureau pour discuter tout les deux d’accords ? Ne t’inquiète pas, tu n’as rien fait de mal, mais on risque de se voir assez souvent toi et moi et j’aimerais bien apprendre à te connaitre un petit peu. Tu me suis ? »

Je tiens la porte pour le laisser passer et me dirige vers le bureau en m’assurant qu’il soit bien derrière moi. Techniquement, ce n’est pas mon bureau. C’est juste un bureau parmi les autres. Je ne travaille pas tout le temps ici, j’assure également des permanences à la mairie et au lycée de Caswell. Mon vrai bureau se trouve dans les locaux des services sociaux du comté de Knox, à Rockland. Ici, il n’y a pas de photo, rien de personnel, je pars et je viens sans laisser de traces de mon passage. Dans le couloir, je m’arrête devant le distributeur de boissons et glisse quelques pièces trouvées dans la poche arrière de mon pantalon dans la machine. Je sélectionne un coca-cola qui tombe avec un bruit métallique. Je le récupère et le tends à Timothy avant de sélectionner la même chose pour moi.

« Ça risque d’être un peu long, tu vas avoir besoin de ça. »

Je lui souris et lui indique la porte du bureau et m’engouffre derrière lui. Une simple feuille de papier imprimée « Assistante sociale » est scotchée sur la porte. C’est une petite pièce dénuée de personnalité. Les murs sont peints d’un gris terne, accroché avec de la pâte à fixe, quelques posters délavés par le temps pour les numéros d’appel importants. Deux chaises, un bureau, une corbeille à papier et une armoire en métal blanc dont personne ne semble avoir la clé.

« Assieds-toi. »

Je ramasse rapidement les deux gobelets de la machine à café et les jettes avant de m’assoir en face de Timothy. J’ouvre ma canette, pose mes lunettes restées sur le bureau sur mon nez, Ash se moque souvent de moi en m’appelant Harry Potter lorsque je les porte. J’ouvre le dossier de Timothy et attrape mon stylo.

« Je vais te poser quelques questions pour commencer Timothy. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, tu peux tout me dire, je n’en parlerais à personne, tout çà restera entre toi et moi d'accord ? »

Je souris, encourageante et poursuit.

« Dis-moi, comment tu trouves l’école à Caswell ? Les gens sont gentils ? »

J’essaye de mettre le jeune garçon en confiance, mais je sais que cela ne sera pas facile. J’observe ses yeux bleus et la lueur de résignation qui y plane et les mots de Mme Drake me reviennent en mémoire « Comment a-t-on pût lui faire du mal ? ». Je n’ai pas la réponse, il n’y en a surement pas, mais en contemplant l'épi sur le sommet de sa masse de cheveux ébène, je me fais la promesse que plus personne ne lui fera du mal.




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Dernière édition par Dylan Rosenwood le Dim 17 Fév - 5:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Dim 17 Fév - 4:53

    Je me rappelle qu'une fois, un garçon de ma classe m'avait demandé en riant pourquoi je baissais la tête tout le temps, pourquoi je courbais l'échine. Il s'amusait à m'appeler Quasimodo, comme dans le roman de Victor Hugo. Tout le monde dans ma classe s'esclaffait, me pointait du doigt en riant. C'était peut-être réellement drôle, après tout. Il aimait raconter aussi qu'une bosse me pousserait ou que mon dos s'arquerait tellement que je ne pourrais plus jamais me redresser correctement et marcher droit. La première fois, j'ai gardé ma tête baissée et j'ai sangloté. Ça les faisait encore plus rire. Je devais sûrement être très drôle pour qu'ils arrivent, eux aussi, à pleurer. De rire. Je restais là, à pleurer, alors que les rires redoublaient. Pleure, tu pisseras moins. Ça aussi, je m'en souviens. S'ils savaient. S'ils savaient le nombre de larmes que j'ai versé en pensant qu'arrêter de pisser serait ma seule récompense. La cloche avait sonné la fin de la récréation, mes camarades de classe avaient rejoint les rangs et moi, pauvre Timmy, je ne pouvais même plus bouger, hoquetant le plus silencieusement possible. Les larmes de crocodile, c'est pas fait pour les garçons. J'avais essuyé mes yeux, mes joues et mon nez contre la manche de ma veste avant de retourner en cours, relevant le menton sans aucune fierté, aucune, juste avec la peur qu'un jour, je ne puisse plus jamais me redresser. En rentrant le soir, je n'ai pas osé demander à papa si j'allais ressembler à un Quasimodo plus grand. Je ne voulais pas qu'il s'énerve, je ne voulais pas qu'il soit en colère contre moi. Je n'avais pas lu le roman, je voyais vaguement les images du personnage de dessin animé. Le lendemain, je filais directement à la bibliothèque pour emprunter le livre. Je passais des heures, le nez plongé dans le bouquin, m'accrochant, plissant les yeux ou relevant un sourcil parfois. J'ai pas tout compris, il y avait des mots difficiles, des mots subtilement tournés mais qui me mettaient mal à l'aise, de jolis mots aussi qui me faisaient sourire. J'appris qu'il n'y avait pas que Quasimodo dans l'histoire et qu'il y avait bien plus moche que lui. Bien plus drôle aussi. J'appris surtout que le dessin animé mentait ; dans le livre, pratiquement tout le monde mourrait, tout le monde était malheureux. C'était pour ça qu'ils riaient ? Parce que je finirais malheureux moi aussi, que je mourrais malheureux ? Cette pensée me fit froid dans le dos à l'époque. J'avais vraiment peur de ressembler à ce personnage, alors je me mis à marcher la tête et le dos bien droits, je crois que c'en était plus ridicule que lorsque je marchais la tête basse et les épaules affaissées. On se moquait encore plus de moi, mais je ne pleurais plus car je savais que je ne deviendrais pas tout courbé et que je n'aurais pas de bosse. Mais ça plaisait pas à papa, il me trouvait prétentieux, hautain. Je savais à peine ce que ça voulait dire, sauf qu'à son regard, j'avais tout compris. Le jour suivant, mes yeux fixaient à nouveau le sol.

    Je veux bien être Quasimodo. Il n'est pas le personnage le plus intelligent ni le plus beau, mais il y a quelque chose en lui qui arrive à sublimer sa laideur et son esprit niais. Il dégage une telle bonté, une telle candeur qu'en réalité, on ne peut que se prendre d'affection pour lui. Je veux être Quasimodo, je ne veux plus rester cloîtrer dans le noir avec pour seule compagnie les pierres froides. Je n'en peux plus mais c'est trop dur. Si les gens dehors étaient aussi froids que les pierres qui m'entourent ? Le monde dehors est trop cruel, trop effrayant. Je veux sortir de ma cathédrale mais j'ai trop peur, trop peur de me consumer pour laisser une chance aux autres. Je n'ai plus le droit à l'erreur. Pourtant, c'est lorsque l'on voit des personnes comme la jolie dame en face de moi que l'on voudrait se laisser aller, quitte à se brûler les ailes. Elle ne ressemble en rien à la gitane aux boucles brunes, cependant, son sourire, c'est celui d’Esméralda. La gentillesse, la douceur, la tendresse. J'ai presque envie de le lui rendre. Je tente d'esquisser un rictus lorsque mes joues restent figées. Inexpressif, je me mords l'intérieur des joues pour tenir.

    Elle prononce mon prénom, j'en ai un haut le cœur. Rares sont ceux qui le disent en entier, rares sont ceux qui l'enregistrent. Je ne sais pas si ça doit me faire plaisir ou non. Si elle m'avait appelé Tim ou Timmy, je ne sais pas non plus comment j'aurais réagi. Avec un peu de chance, j'aurais vomi sur ses escarpins et tout de suite, son sourire aurait disparu. Elle est belle et gentille, mais je sais pas si elle le fait exprès ou pas. Dylan Rosenwood. Je répète son nom en boucle dans ma tête. C'est joli, ça lui va bien mais je sais pas si j'arriverai à l'appeler. Mes épaules remuent légèrement, je ne la quitte pas des yeux. Elle ouvre la marche pour me conduire à son bureau et parler. Je frissonne. Je ne veux rien partager avec les autres. Ça fait trop mal, on peut faire des bêtises, on peut se faire trahir ou trahir sans forcément le faire exprès. Moi, je veux pas leurs parler, aux gens. Je n'ai rien à leurs dire concrètement. Je ne suis pas très intéressant de toute façon. Pas très gentil non plus. On se lasse vite de moi. Je n'ai rien à offrir. Mes mains toujours dans mon dos, je lui emboite le pas alors qu'elle me tient la porte. Si elle savait. Si elle savait à quel point mes erreurs et mes fautes me suivent comme mon ombre. Je n'ose pas lever les yeux et regarder les murs autour de moi. Je ne tiens réellement pas à savoir ce qu'il y a autour de moi. Et à ses dires, si nous sommes amenés à nous revoir, j'aurais toutes les occasions du monde d'observer les murs, sûrement en piteux état, du centre de repos. Elle s'arrête soudainement, je manque de me cogner contre elle. J'ai le réflexe de rapidement reculer, encerclant mon corps de mes bras. Je ne sais pas pourquoi elle s'arrête, mais j'entends le bruits de pièces qui s'entrechoquent. Je relève vivement la tête, écarquillant les yeux et regarde la machine en face de moi. Il y en a de partout mais je n'ai jamais eu le droit de prendre quelque chose dedans. On me trouverait sûrement stupide si je disais même que je ne sais pas comment ça fonctionne. Une canette tombe finalement et elle me la tend. Son regard, ses mots, elle a l'air gentille, comme Mme Drake, elle m'offre des choses, elle me regarde et ne me juge pas. Je tremble en regardant la canette. Papa me l'interdisait, de prendre ces choses-là, d'y goûter. Je regarde tour à tour la canette puis Mme Rosenwood. Je peux pas, j'ai pas le droit. Et si quelqu'un en voulait, plus tard, et qu'il n'y en avait plus parce que je l'ai prise ? Ça doit coûter cher aussi. Je veux pas que l'entretien dure longtemps. Je veux pas de la canette, c'est pas à moi, c'est pas mes sous et j'ai rien pour rembourser, j'ai rien à offrir ou à donner. L'échange équivalent. Je n'ai rien. Rien du tout. Je pince les lèvres et secoue vivement la tête, la refusant. Je peux pas l'accepter, c'est juste pas possible. Je triture mes doigts, je ne dois pas avoir envie de pleurer, les grands garçons ne pleurent pas.

    Mme Rosenwood m'indique le bureau, je n'attends pas une minute de plus et je rejoint la pièce sans lui laisser le temps de me remettre la canette. Je tourne un peu en rond dans la pièce, comme un animal en cage. Je n'observe pas vraiment, c'est tellement simple, comme la chambre dans laquelle je dors chez les Drake. Néanmoins, quelque chose attire mon regard : la vitre. Positionné à côté de la chaise qui m'est sûrement destinée, je me hisse sur la pointe des pieds pour regarder la mer dehors. Du bleu, partout, s'étendant à perte de vue. J'ouvre en grand la bouche, je ne m'attendais pas à une vue aussi impressionnante. Mes talons touchent à nouveau le sol lorsqu'elle me demande de m'asseoir. Sans hésiter, j'obéis docilement. La chaise est un peu trop haute pour moi, la pointe de mes chaussures ne touche pas le sol. Je pose mes mains sur mes cuisses, tirant sur les manches de mon sweat. Je relève le bout de mon nez en la voyant sortir des papiers et ses petites lunettes rondes. Si je n'étais pas aussi intimidé, je sourirai. Avant qu'on m'emmène à Caswell, l'ophtalmologue m'a dit que ma vue avait baissé et que j'aurais certainement besoin de lunettes dans quelques années. Ça me faisait un peu peur. Une paire de lunettes, c'est fragile, ça coûte cher. Maladroit comme je suis, je serais capable de les casser moi-même. En la voyant pourtant, on croirait à un accessoire indispensable pour commencer la séance. Elles étaient rigolotes, ses lunettes.

    Et je replonge dans l'enfer des questions interminables. Je tire toujours autant sur mes manches et baisse à nouveau les yeux. Non, je veux pas parler. J'aimerai être capable de faire un gros caprice et qu'on me laisse tranquille. Si seulement je savais faire. J'acquiesce tout de même du bout du nez, je ne sais même pas si je serai capable de formuler une simple phrase. On verra bien. La première questions me surprend tout de même. Je ne lève pas les yeux vers elle, je balance lentement les pieds sur ma chaise. Mes lèvres se pincent et, à nouveau, je hausse les épaules. Je sais pas si je peux le dire, non, je ne pense pas. On risque de me gronder.

    " - Bien, oui... ".

    Non, ça ne se passait pas bien du tout. Je ne suis pas capable d'aller vers les autres enfants, je n'aime pas parler aux gens en général, les élèves murmurent à mon sujet, me dévisagent ou me pointent du doigt. Il y a des filles qui grimacent et s'éloignent quand je m'approche, il y a des garçons qui me bousculent et me rejettent. Je ne peux pas leurs en vouloir. Je suis l'étranger, l'apatride, celui qui n'a plus d'attaches. Je suis celui qui s'incruste dans leur groupe si soudé. Je suis celui qui ne devrait pas exister, dans leur système. C'est moi, c'est ma faute, je le sais. Je ne veux pas d'eux et ils ne veulent pas de moi. C'est comme ça. Mais ça, je ne peux pas le dire. Si je parle, il y aura encore plus de questions. Toujours plus de questions .

    Mes yeux se posent sur la canette que j'ai refusé. Il s'agit toujours de cet échange équivalent. On a rien sans rien dans la vie. Je lorgne dessus, je ne sais pas quel goût ça a et la couleur de la canette m'attire. Le rouge vif me brûle presque les yeux. C'est aussi ça, se brûler les ailes : faire quelque chose que l'on ne veut pas faire pour obtenir quelque chose. Je lève les yeux vers Mme Rosenwood. Ma chaise est si proche de la table que je n'ai qu'à tendre le bras pour la canette. Je déglutis, j'ai mal à l'estomac, il se noue et je la veux tellement. J'agite un peu plus mes jambes et baisse la tête. Il suffit de parler, éviter la vérité, éviter les mensonges, tout simplement. Parler. Un peu. Pour une canette de soda. Je m'arrache la peau autour de mes ongles en prenant une grande inspiration. Je n'arrive pas à croire que cette petite voix fluette sort de ma bouche :

    " - L'école est jolie... Les murs... Sont jolis. C'est une école jolie... C'est juste une école".

    Un endroit détestable qui donne envie de vomir toute la journée, qui rend les gens mal à l'aise ou plus stupides qui ne le sont. L'école renvoie l'image de notre société. Elle est pas très jolie, la société. Je relève la tête, les sourcils plissés en me dandinant sur ma chaise. Je parle d'une toute petite voix hésitante, lançant un bref regard vers la canette :

    " - Est-ce que je peux en avoir un petit peu, s'il vous plait, madame ? ".


    Je ressemble à un garçon qui fait la manche et qui quémande de quoi se nourrir un peu, comme s'il n'avait rien avalé depuis des jours. C'était donnant-donnant, j'ai fait ma part du marché, je veux désormais ma part de la récompense. Première question, une gorgée de soda. Je sais déjà ce que je vais demander pour la deuxième question. Je vois sur la table des morceaux de papier qui trainent. Je veux faire ma cocotte en papier. Presque impatient, je battais des jambes plus nerveusement, sur ma chaise.


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MessageSujet: Re: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Mer 27 Fév - 16:42

On peut frapper un chien des centaines et des centaines de fois avant qu’il n’associe la main avec la douleur. Vous pouvez le rouer de coups et il vous regardera toujours avec la même adoration. Il ne se détachera jamais de l’envie de vous satisfaire. Ce sont des animaux fidèles, les chiens. Il se laissera battre et attendra toujours la caresse. Il ne mordra pas la main qui le nourrit, c’est dans sa nature. Être soumis, courber l’échine, encaisser. Il attendra les jours meilleurs, se contentera du peu d’affection que vous voudrez bien lui donner et ces moments-là suffiront à effacer l’agonie. Peut-être que les chiens ont plus foi en l’espèce humaine que je n’en ai moi-même. Je n’ai plus foi en grand-chose ces temps-ci.

Ma main se pose instinctivement contre la petite croix en argent qui pend autour de mon cou, triturant le métal froid entre mes doigts. Ça fait quelque temps que je n’ai pas priés. Lorsque j’essaye, rien ne me vient, juste le silence qui s’étends, le fossé qui s’est créé entre moi et dieu. J’ai encore l’image de ma mère m’expliquant comment faire la prière du soir, à genoux les mains croisées sur le dessus-de-lit fleuri. « Tout d’abord, il faut remercier le seigneur pour ce qu’il nous donne, pour sa bonté et pour le sacrifice de son fils, notre sauveur Jésus Christ. Ensuite, tu peux t’adresser à lui, pour qu’il te guide et te montre la voie. Tu peux lui demander quelque chose, de petites choses Dylan, et si tu as été une bonne personne, alors peut-être que le seigneur répondra à tes prières. » Pendant longtemps, j’ai cru que c’est grâce à mes prières que j’ai eu le vélo dont je rêvais à mon anniversaire. Je laisse tomber la croix contre ma peau. L’idée que le Seigneur soit à mes côtés avait toujours eu un aspect réconfortant, une idée à laquelle m’accrocher, une présence rassurante même dans les moments les plus noirs. Je ne sais pas s’il m’a abandonnée ou s’il a vraiment un jour été là, mais aujourd’hui plus rien ne me rassure, plus rien ne me console. La solitude ne m’a jamais semblé aussi pesante, aussi lourde à porter. Il n’y a rien dans le silence, rien dans le vide. Juste la terrifiante et bien tangible réalité.

Je me demande à quoi s’est raccroché Timothy, où laissait-il vagabonder son esprit quand on martyrisait son corps. Quelle était son échappatoire ? Une petite fille m’a raconté un jour que lorsque son Papa venait la voir dans son lit la nuit, elle contemplait les étoiles en plastique fluorescentes au plafond et prétendait pouvoir voler pour les rejoindre. Sa veilleuse produisait de la musique. Son père l’enclenchait pour couvrir le bruit. « Twinkle, twinkle, little star. » Elle s’imaginait sortir de son corps et flotter jusqu’au ciel. « Ça faisait moins mal comme ça. » Est-ce qu’il priait ? Est-ce qu’il se demandait où était sa maman ? Est-ce qu’il se contentait de fermer les yeux ? Il a refusé d’en parler aux inspecteurs. Il a refusé d’en parler au psychologue. Il refusera certainement d’en parler toute sa vie. Comme le chien qu’on bat jusqu’à ce qu’il obéisse, son père a enlevé à Timothy toute notion de rébellion, lui a implanté l’idée que ce n’était pas grave. Il pense certainement qu’il l’avait mérité, que si Papa était ainsi avec lui, c’est parce qu’il avait fait quelque chose de mal, qu’il avait été un mauvais petit garçon, un mauvais fils. Timothy se plie aux règles et obéit docilement. Apprivoisé par la force.

Il n’a aucune envie de répondre à mes questions. Je le sais. Je suis une adulte curieuse de plus, qui refuse de le laisser tranquille et qui lui pose des questions et encore des questions. Je sais aussi qu’il me ment en m’affirmant que les choses se passent bien à l’école. Mme Drake m’a parlé des incidents avec les autres enfants. Elle était scandalisée, que l’institutrice ait pût lui affirmer que ce n’était pas si grave, qu’ils finiront par s’habituer à sa présence et à la laisser tranquille. « Les choses finiront par s’arranger. » Mme Drake sait que c’est faux. Nous sommes à Caswell et Timothy est un étranger. Les enfants ont dans les veines le sang souillé de leurs parents, le poison de la discrimination dans les veines. Ils ont déjà entendu Papa et Maman traiter les étrangers comme des moins que rien, ils ne font que reproduire le schéma qui leur a été enseigné. Non, les choses ne s’arrangeront jamais. Timothy a été stigmatisé dès son arrivée à Caswell et rien ne changera çà. Il sera toujours un étranger, les enfants le choisiront toujours en dernier pour les matchs de ballons prisonnier, bien après Joan l’asthmatique ou Mary l’obèse.

Il essaye de me dire ce que j’ai envie d’entendre. Réflexe de survie élémentaire. Ce n’est pas étonnant qu’il l’ait compris. Satisfaire les besoins des autres pour qu’ils nous laissent tranquilles, comprendre ce qu’ils veulent et le leur donner. Quand Thomas me demande de m’allonger, je le fais sans discuter, silencieuse. Je lui donne ce qu’il désire, c’est ainsi que l’on achète la paix. On ne peut survivre dans un monde factice sans quelques mensonges.

J’observe Timothy tirer sur les manches de son pull, déformant la matière, martyrisant le coton. Sur ses poignets, il y a encore des marques d’ecchymoses, des traces de doigts jaunes et violettes qui disparaitront avec le temps. Les os se ressoudent et les coupures se referment, malheureusement, on ne répare pas une enfance brisée. Je souris à Timothy, acquiesçant légèrement en poussant la canette qu’il a refusée quelques minutes auparavant vers lui.

« Elle est à toi Timothy. Ça me ferait vraiment plaisir si tu la buvais. »

Ce n’est qu’un enfant. À son âge, il devrait avoir des caries à force de manger trop de bonbons en cachette, il devrait jouer avec les autres enfants dehors et faire des bêtises comme le font tous les enfants. Pourtant, il semble terrifié par l’idée même qu’on lui offre une canette de soda. Je repense au chien qui attend les coups plutôt que la caresse. Il n’est pas habitué à la gentillesse, à l’affection, à toutes ces choses triviales qui rendent la vie agréable. Ces dernières années, il n’a connu que peines et douleurs, les mensonges et les trahisons des adultes. Il doit certainement nous prendre pour des personnes étranges, avec nos questions et nos règles. Un monde différent du sien.

« Tu sais, quand j’étais un peu plus jeune que toi, j’ai eu une petite sœur. Quand elle avait 3 ans, je devais la surveiller pendant que ma mère préparait le diner. J’aurais préféré jouer à la corde à sauter dans le jardin, mais ma mère insistait. “Dylan, Andrea est ta petite sœur, c’est ta responsabilité de la surveiller.” Moi, je n’avais jamais demandé à avoir de petite sœur, je voulais juste jouer à la corde à sauter. Ça m’a mise en colère, tu sais cette colère qui te fait mal au ventre et te donne envie de hurler, et j’ai décidé de sortir malgré tout en laissant Andrea toute seule dans le salon. Pendant que j’étais dehors, elle a trouvé le moyen de tomber du canapé et de s’ouvrir l’arcade sur la table basse. Elle a encore une toute petite cicatrice blanche sur le sourcil. J’ai été punie pendant des semaines. Et tu sais ce qui m’a le plus embêtée dans toute cette histoire ? Ce n’était pas qu’Andrea aurait pût se faire vraiment mal ou que j’aurais dût être là pour l’en empêcher. Non, j’étais contrariée par le fait que j’allais presque attendre mon record de saut à la corde. 89 à la suite, sans m’arrêter. »

Je lui souris une nouvelle fois et ferme mon dossier devant moi.

« Tu vois Timothy, tu es le premier au monde à qui je dis çà. Parfois, de bonnes personnes pensent des choses qu’elles ne veulent pas dire, ça ne fait d’elles de mauvaises personnes. Je sais qu’il y a des choses à propos desquelles tu ne veux pas parler, et je comprends, je ne vais pas t’obliger à le faire. Je ne suis pas la police, ou un psychologue. La seule chose qui m’importe c’est que tu te sentes bien chez Monsieur et Madame Drake et c’est mon travail de te poser toutes ces questions, tu comprends ? Pour être sûre que tout se passe bien. On a dût te le dire déjà plusieurs fois et je sais que tu dois avoir du mal à y croire, mais moi, la seule chose qui m’importe, c’est ton bien être. Le tien et celui de Céleste, bien entendu. Est-ce qu’elle se plait chez Monsieur et Madame Drake ? Ils sont gentils avec vous ? »





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MessageSujet: Re: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Dim 17 Mar - 4:40

    Je cligne des yeux, observant les papiers sur la table en pensant à ma cocotte. J'ai juste besoin d'occuper mes mains, mes doigts. Je dois les occuper pour éviter de les triturer, ou pire, tirer sur mes manches. Je déforme le tissu, c'est pas bien. Je sais que monsieur et madame Drake ne me crient pas dessus. Depuis que je suis arrivé, ils ont tout fait pour que je sois bien et les rares fois où je faisais quelque chose de mal, ils avaient pris l'habitude de se mettre à ma hauteur et m'expliquer mes erreurs. Jamais ils n'avaient haussé la voix et je pense que jamais ils ne le feront. Pourtant, j'en ai déjà fait des belles : déformer ou déchirer mes vêtements à faire de tirer dessus, renverser de la vaisselle en essayant de la ranger ou la laver, trop arroser une plante la noyant complètement... Ils disent que j'en fais trop. Mais c'est ce que j'ai toujours fait. Et encore, je n'ai pas l'impression de faire ne serait-ce qu'un dixième de ce que je faisais à la maison. Mes habitudes se mettent à changer, je n'ai plus de repères, je n'ai plus rien. J'essaye de ne pas y penser. Y penser, ça fait mal, trop mal. Y penser, ça me fait faire des bêtises et c'est encore plus mal. Mes yeux restent rivés sur les papiers. Occuper mon esprit, occupé mes mains. Quand je suis attelé à un travail, ça m'évite de réfléchir. Quand je dessine, je ne pense à rien d'autre qu'aux couleurs que je vais utiliser. J'ouvre de grands yeux lorsqu'elle avance la canette sur la table, la rapprochant de moi. Mes yeux se détournent alors des papiers pour se poser sur la canette. J'humidifie mes lèvres. Malgré son approbation, j'ai toujours peur de tendre la main pour l'attraper. Papa me tendait souvent quelque chose pour me l'enlever ensuite. Il parlait de jeu, j'appelais ça de la perversion ou de la cruauté. Ça me donnait envie de pleurer quand il jouait à ça. Lui riait. Un baiser contre une sucrerie. Une caresse contre une nouvelle boite de crayons. Parfois plus, parfois moins, parfois pour des choses importantes, parfois pour des choses futiles. J'ai peur qu'elle aussi me retire la canette, qu'elle veuille jouer à des jeux dont je ne comprendrai jamais réellement les règles. Je déglutis et ose tendre la main, attrapant la canette du bout des doigts. Mon geste est lent, hésitant, pourtant elle ne me l'enlève pas. Je m'empresse de serrer la canette dans mes bras. Ma canette. Elle est à moi, pour de vrai. Je baisse les yeux en pinçant les lèvres et les relève rapidement pour lui sourire. Tout doucement, je l'ouvre, retenant mon souffle. Je sursaute presque en entendant les bulles pétiller. Je souris. Je souris jusqu'à en avoir mal aux joues. Je pourrais passer des heures à contempler l'emballage de la canette, ses couleurs, sa texture. Je pourrais passer des heures le nez au-dessus de l'ouverture pour en sentir l'odeur, les bulles me chatouillant le bout du nez. Mais j'ai peur d'y goûter. Je déglutis difficilement, le souffle court et j'y trempe enfin les lèvres. Comme ça pique ! C'est plein de bulles ! Je grimace, les bulles me montent au nez et me donnent envie d'éternuer. Mais c'est rigolo. C'est amusant et plutôt bon. Je m'accorde un léger rire en remerciant la madame encore et bois une nouvelle gorgée. Cette gorgée-là est d'autant plus agréable, mes papilles désormais habituées aux bulles. Je n'avais jamais goûté une chose pareille. Je crois que je pourrais très vite m'attacher à ce genre de boisson. Je comprends pas pourquoi papa ne voulait pas que j'en boive. Peut-être parce que justement, c'était trop bon, trop bien pour moi ? Sûrement.

    Je bois à moitié ma canette, continuant à la tenir fermement entre mes doigts. Mes ongles grattent légèrement la couleur rouge, je l'écoute avec de grands yeux. Sa voix est toute douce. Les policiers et les psychologues qui me parlaient avaient aussi des voix douces. Sauf que dans sa voix à elle, il y a quelque chose de rassurant, de réconfortant. J'aurais presque envie de tendre les bras, comme je le faisais avec maman, et qu'elle me prenne contre elle, me berce en continuant de parler. Maman me disait des mots doux avec sa voix toute douce quand je n'arrivais pas à dormir. A l'époque, ça m'apaisait et m'aidait à m'assoupir. Aujourd'hui, en y repensant, j'ai juste envie de pleurer. Je n'en fais rien. Je ne tends pas les bras vers elle. Mes mains restent à tenir la canette, cela ne m'empêchant pas de l'écouter. Elle me raconte une histoire, quelque chose qui lui est arrivé. Je prends une grande inspiration lorsqu'elle me dit que sa petite sœur était tombée, puis retient mon souffle. Ça aurait pu être grave ! Très grave ! Mais la petite fille n'avait rien. Je suis rapidement soulagé et respire à nouveau. J'ai toujours rêvé d'avoir un petit frère ou une petite sœur. J'aurais pu jouer avec, lui parler, lui apprendre des choses, le protéger... Papa aurait peut-être été différent, il nous aurait aimé tous les deux et personne n'aurait jamais été blessé. Je baisse la tête. C'est égoïste. J'aurais voulu avoir un frère ou une sœur par pur égoïsme, en pensant naïvement que cela aurait pu changer quelque chose. Qui sait, si je n'avais pas été seul...

    Je la laisse continuer de parler, gardant la tête basse. Mes pieds se mettent à nouveau à se balancer dans le vide, tenant plus paresseusement ma canette. Je sais pas si c'est vrai, ce qu'elle dit. Si ça s'est vraiment passé, si je suis la seule personne à qui elle en ait jamais parlé... J'ai juste l'impression que c'est un secret. Un autre secret que je dois garder. Un secret que, si j'en parle, il y aura représailles. Un long frisson me parcourt le dos alors que je secoue légèrement la tête. J'en parlerai pas de toute façon. Pour une fois, on ne me force pas à parler. Je hausse les épaules, peu convaincu tout de même. Elle répète pourtant ce que tout le monde me répète depuis le début : ce n'est que pour mon bien que l'on me pose toutes ces questions, pour que j'aille bien. Pour mon bien, on me laisserait dans mon coin, ne me parlerait pas, ne me regarderait pas. On me laisserait seul. Parce que c'est tout ce que je connais, la solitude. Je relève soudain les yeux en les écarquillant lorsqu'elle me parle de Céleste. Oh ! Mais comment elle sait ça ?! Mes lèvres s'entrouvrent, inspirant profondément, puis se referment. Je me dandine un peu sur ma chaise en regardant le sol. J'espère qu'il n'y a pas de piège dans sa question. Je finis ma canette tranquillement, me donnant assez de temps pour réfléchir à ce que je pourrais dire. Je me lève de ma chaise avec difficulté, mes pieds ayant du mal à trouver la terre ferme. Je cherche la poubelle en tournant sur moi-même, observant la pièce. Mal à l'aise, je repose la canette vide sur la table en pinçant les lèvres. Je reste debout à regarder les feuilles, mes mains posées à plat sur la table puis la regarde elle. Je veux pas trop parler mais... Je peux le faire pour Céleste, pas vrai ? Ma voix se fait toute petite alors que deux de mes doigts se baladent sur le rebord de la table :

    " - J'ai pas pu l'emmener... Elle est restée sur le lit, elle était très fatiguée, elle dort pas beaucoup la nuit... ".

    Je déglutis alors que mes doigts atteignent le coin, ils font marchent arrière :

    " - Elle me raconte des secrets et je lui en dis. Elle les répète pas donc je sais pas si je peux les répéter, ses secrets. Mais c'est pour son bien... Je crois ? ".


    Mes doigts s'arrêtent finalement et je lève les yeux vers la madame :

    " - Elle me dit qu'elle est bien chez monsieur et madame Drake mais qu'elle a quand même peur. Elle veut pas faire mal mais elle est maladroite. Ils sont gentils avec nous... Ils m'ont acheté Céleste et avec elle, je suis moins seul. Ils m'ont acheté aussi plein, plein, plein de crayons et des feutres aussi ! Puis un MP3 pour de la musique ! "


    Mes lèvres se pincent alors que mes doigts reprennent leur petit bout de chemin sur la table :

    " - Ils sont gentils mais Céleste elle a peur. Et si un jour ils sont plus gentils avec elle ? Ou s'ils la mettent dans le noir ? Ça lui fait un peu peur et elle veut pas qu'ils la prennent. Il n'y a que moi qui ai le droit de la prendre dans mes bras. ".

    Je hausse les épaules en soupirant, mon majeur se posant sur une des feuilles vierges sur la table. J'hésite à la faire glisser vers moi et prendre un crayon. Je retire mon doigt et continue de le faire marcher sur la table en m'humidifiant les lèvres :

    " - ... J'ai juste peur qu'elle veuille pas rester. Qu'elle s'enfuie, loin. Elle veut voir ma maison. Ma maison d'avant. Parce qu'elle aime pas Caswell. Elle a peur ici. ".

    Je lance un regard vers les feuilles puis vers la grande fenêtre qui permet de voir la mer. J'espère que Céleste sera pas trop en colère quand je lui dirai que j'ai raconté ses secrets...


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MessageSujet: Re: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Jeu 21 Mar - 0:52


Il y a quelques jours, une tempête d’automne s’est abattue sur Caswell, rien de bien d’inhabituel pour la saison. Elle a grondé, a fait quelques dégâts et puis est repartie aussi vite qu’elle était arrivée. Comme toutes les tempêtes, elle a fini par passer et seulement quelques jours après son départ, il n’en reste déjà plus aucune trace. Les gens commencent déjà à oublier, le soleil brille sur la mer. Jusqu’à la prochaine tempête. C’est un cycle sans fin, une alternance de beau temps et de pluie, de noirceur et de lumière. La même alternance, la même répétition, comme pour rappeler au monde que rien n’est éternel. Tout n’est que passager. Le bonheur comme la douleur finissent tous deux par passer. Il y toujours quelque chose après, quelque chose à espérer même lorsque l’horizon est chargé d’électricité et que les nuages assombrissent le ciel.

Je me concentre sur le sourire de Timothy, essayant de chasser de mon esprit les images que cela peut m’évoquer, essayant de ne pas me focaliser sur l’idée de ce à quoi devait consister sa vie, si une simple canette peut provoquer en lui une telle réaction. Je ne peux m’empêcher d’observer son sourire enfantin, troué par la perte d’une dent de lait. Il est transfiguré, comme si un autre petit garçon se tenait en face de moi, ayant pris la place du Timothy qui tirait sur ses manches il y a quelques minutes.

« C’est vraiment dommage que Céleste n’ait pas pu venir, j’aurais aimé la rencontrer. »

Pendant notre entretien, Kate m’a dit que Timothy quittait rarement le lapin en peluche. C’est courant chez les enfants, de reporter les peurs et les angoisses sur un doudou, de le balader partout comme un talisman pour se protéger. Le monde extérieur contre Timothy et Céleste. Ce que Timothy ressent, Céleste le ressent aussi.

« Elle a du mal à dormir ? Qu’est-ce qui peut bien la tenir éveillée ? Tu crois qu’elle fait des cauchemars ? »

Et quels cauchemars. J’ose à peine imaginer les démons qui doivent venir hanter Timothy au moment du coucher, les images quoi doivent danser devant ses paupières closes. 12 ans, c’est beaucoup trop jeune pour courber sous le poids des fantômes du passé. Un trop petit dos pour de si gros secrets.

« Tu peux tout me dire, je ne le répéterais à personne, tu sais. Et Céleste ne t’en voudra pas, j’en suis sûre. Tu ne veux que son bien, c’est à ça que servent les amis, à s’entraider. »

Je touche au but. Je lui adresse un sourire encourageant, posant mes deux mains sur la table pour me pencher un petit plus d’un air conspirateur. C’est petit, très petit, de manipuler un enfant de la sorte. Mais est-ce que j’ai vraiment le choix ? J’aime à penser que non. Ça ne serait pas la première fois que j’utilise ce genre de stratagème, c’est loin d’être la pire chose que j’ai faite, loin d’être la pire cause pour laquelle j’ai menti. Reine des apparences dans mon palais des illusions, si je me regardais dans un miroir, j’arriverais à me faire convaincre que je suis quelqu’un d’autre. Ca fait des années que je joue le même rôle, rarement une fissure sur mon visage de porcelaine. Je change d’expression comme les comédiens de la comédie grecque changeaient de masques. Une illusion de plus, mon sourire est aussi faux que mes pleurs. Timothy, lui, porte une armure, il ne prétend pas, il se protège, simplement.

« C’est normal, tu sais, d’avoir peur. Même les plus courageux ont peur parfois. Moi par exemple, j’ai peur de l’eau et des araignées. »

J’ai peur du futur, j’ai peur qu’Ash s’en aille, j’ai peur qu’il reste. J'ai peur que Thomas découvre toute cette histoire et me quitte quand pourtant je rêve de lui demander le divorce. J'ai peur de l'incertitude, de la solitude, de tout perdre. Je secoue légèrement la tête, refusant de penser à ce genre de choses au travail. Refusant d'y penser la plupart du temps. Je me saisis de la feuille de papier qui trône devant moi et du stylo posé à côté. J’ôte le capuchon avec la bouche et le maintiens entre mes dents, écrivant avec le plus d’application possible. Je déchire l’angle de la feuille et tends le plus petit morceau à Timothy.

« Mais tu sais ce que je fais quand j’ai vraiment très peur ? Quand je croise une araignée, je demande à mon mari de venir la tuer, et il vient le faire parce que lui n’a pas peur. Il ne faut pas avoir honte de demander de l’aide. C’est mon numéro de portable, tu peux m’appeler si Céleste ou toi en avez besoin d’accord ? Et tu pourras dire à Céleste que personne ne l’emmènera plus jamais au loin. Si Céleste se sent bien ici, alors c’est ici qu’elle restera. Je t’en fais la promesse et je ne fais jamais de promesse en l’air. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer. »

Bonjour Satan. J’ai promis tellement de choses en croisant les doigts que ma place dans le gouffre est presque assurée. Mais cette promesse-là je vais essayer de la tenir. Pour Timothy, parce que personne ne devrait avoir peur que son lapin en peluche décide de l’abandonner. Je fronce les sourcils cependant à sa dernière admission. Retourner en Caroline du Nord est hors de question. Il n’y a plus personne là bas pour Timothy. Même son père est incarcéré en Virginie, l’état voisin, faute de place dans les pénitenciers pour les ordures comme lui. La maison a été saisie, et mise aux enchères pour payer les frais d’avocats de M. Grayson. Non il ne reste plus rien de son ancienne vie, juste des souvenirs d’enfants qui finiront par s’étioler avec le temps. Des images floues teintées de l’ombre menaçante de son père qu’il finira par oublier. Et c’est bien mieux ainsi.

« Je ne vois vraiment pas pourquoi Céleste voudrait partir alors que tu t’occupes aussi bien d’elle. Il y a des gens qui l’aiment ici. Elle est sécurité à Caswell, il n’y a rien à craindre. »

Pourtant, mes derniers mots sont prononcés avec moins de convictions. Personne ne peut vraiment blâmer Timothy de ne pas se sentir à sa place à Caswell. Pas avec la manière dont les locaux traitent les étrangers… et certainement pas avec tout ce qui se passe en ce moment en ville. Peut-être que lui-même a entendu parler de ces enfants qui se sont enfoncés des crayons de couleur dans les mains dans la même école que la sienne. Et avec tout ces journalistes qui trainent dans le coin, tous ces curieux qui affluent pour voir le spectacle merdique de la ville a à leurs offrir, tous ces étrangers qui viennent foutre leurs nez dans ce qui ne les regardent pas, personne ne se sent vraiment plus en sécurité à Caswell. Je surprends son regard sur les feuilles de papier sur la table.

« Mais si Céleste veut vraiment voir ton ancienne maison, pourquoi tu ne lui ferais pas un dessin hein ? Kate m’a dit que tu aimais beaucoup dessiner. »

Je pousse dans sa direction une feuille de papier et mon stylo. Je regrette de ne pas avoir de crayons ou de feutres à lui proposer. Je penserais à en apporter pour notre prochain rendez-vous. J’ai simplement oublié ma trousse chez Ash quand il a insisté pour me faire un plan de coupe détaillé du moteur de son pickup. Il a fini par dessiner des dessins cochons sur mon bloc note de travail. Je souris légèrement à l’idée qu’ils sont encore là, dans mon sac parce que je n’ai pas pu me résigner à arracher la page où il a signé son œuvre avec un cœur rapidement gribouillé.

« Et quand tu seras rentré, tu pourras peut-être me faire un dessin ? Quelque chose pour mon bureau à Rockwell ? »

Dans une autre vie, j’aurais pu accrocher les dessins de mes propres enfants sur les murs de mon bureau. Des images simplistes d’une famille heureuse. La femme aurait eu les cheveux blonds et un sourire. Peut-être qu’il y aurait un chien dans un coin. Je souris à l’idée, mais comme la tempête finit par passer, l'image s’évanouit rapidement, envolée aussi vite qu’elle m’est apparue.




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MessageSujet: Re: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Dim 24 Mar - 4:23

    Je n'ai jamais réellement eu de peluches ou de jouets. Déjà plus jeune, je préférais dessiner. Les couleurs m'obsédaient. Il faut aussi l'avouer : jouer seul, ce n'est pas très amusant. Parler à voix haute seul, ça m'a toujours paru fou et insensé. Inventer des histoires, les retranscrire, je pouvais très bien le faire avec une feuille et un crayon plutôt qu'avec des petits bonhommes en plastique. Qui peut se vanter d'avoir jouer avec le ciel et les nuages, de les avoir créés ou effacés ? Je suis tout de même de mauvaise foi, maman et papa avaient pour habitude de jouer avec moi, avant. Maman me lisait des histoires, même que parfois on faisait des cabanes dans ma chambre pour s'y réfugier. Elle me contait durant des heures des aventures incroyables sur des petits garçons qui devenaient des héros, des trolls gigantesques qu'ils devaient combattre, de jolies princesses à secourir. Le plus souvent, elle inventait des histoires fantastiques, emplies de magie et de choses impossibles qui le devenaient. Ça me faisait rêver. Les yeux et les oreilles grands ouverts, je buvais littéralement ses mots. Maman souriant, illustrait parfaitement avec de grands gestes ou des accessoires ce qu'elle imaginait. L'imagination, elle disait que je la tenais d'elle. Ma maman, c'était une aventurière, pourtant elle n'avait jamais quitté notre ville, notre pays. Elle voyageait dans sa tête. Elle écrivait et dessinait beaucoup. Papa, il aimait regarder maman dessiner. Il aimait l'entendre parler. Parfois, elle haussait les épaules quand elle était triste et disait que ce n'était que des bêtises, des choses qui n'arriveraient jamais, des histoires pour enfants, des contes de fées et que ça n'empêchait pas le monde d'aller mal. Les histoires, ça ne guérit pas les gens, elle disait. Trop de rêves plein la tête, ça empêchait d'avoir les pieds sur terre. La réalité était trop dure, elle est trop dure. Mes cabanes dans ma chambre me manquent, les histoires pour m'endormir aussi. Pas besoin de jouets lorsqu'il y a les rêves et l'imagination.

    Papa aussi jouait avec moi, avant. Il n'était pas aussi doué que maman avec les mots mais il me racontait des histoires aussi. Il y avait des pirates, une grande île, des sirènes, le vaste océan et des trésors à conquérir. Pas de personnes à sauver, juste des richesses à trouver. Les garçons ne devenaient pas des héros, les batailles n'étaient plus épiques mais presque grotesques, violentes, animales. Malgré tout, je les aimais bien, ses histoires. C'était différent de maman. Ce n'était quand même pas son fort, alors, parfois, il me prenait sur ses genoux, il me faisait tremper les lèvres dans son verre de bière avant de m'apprendre l'art du pliage japonais. J'ouvrais grands les yeux, attentif, alors que ses doigts pliaient le papier, lui donnant une toute nouvelle forme. Il m'a apprit à bien faire les avions en papier pour qu'ils planent plus longtemps en l'air, dans le ciel, il m'a aussi apprit à faire les cocottes et les grues ainsi que des fleurs pour maman. Je me rappelle une fois, après qu'il ait plu, il y avait de l'eau qui s'écoulait dans le caniveau et on avait fait un petit bateau pour le poser sur cette toute petite rivière qui rejoignait son petit océan. J'avais trouvé ça beau, pensant aussi que ce voyage serait éphémère. Toutes les belles choses ont une fin, les histoires aussi ont une fin. Dans les histoires de mes parents, il y avait toujours de jolies fins : la héros sauvait la princesse et devenait roi, les pirates trouvaient le fabuleux trésor avant de reprendre le large et tout le monde était heureux pour toujours. Et mon histoire à moi ? Je ne suis plus très sûr de pouvoir être un jour heureux. Même en devenant un héros, même en ayant une jolie princesse à mes côtés, même en étant riche. Pour être heureux, il faudrait déjà que j'arrête d'être triste.

    Je n'ai jamais réellement eu besoin de peluches. Pas besoin de doudou, c'est pour les enfants. Je n'en suis plus un depuis longtemps. Pourtant, lorsque monsieur et madame Drake m'ont tendu la peluche, ce petit lapin qui me souriait presque, j'ai cru à un renouveau, une innocence regagnée. Un enfant presque sauvé. Presque. Je ne lâchais plus la peluche, devenue ma seule amie, mon unique repère. Ils avaient été attendris, touchés que je l'aime autant, ce qui ne semblait pas le cas de mes camarades de classe. Je l'emmenais partout, réellement partout, même à l'école, ce qui m'a valu quelques moqueries. Ils peuvent bien se moquer, je n'en ai rien à faire. Je les ignore, tout comme les rumeurs et les insultes. Ce que je n'ignore pas par contre, c'est lorsque l'un d'eux a voulu me prendre Céleste pour me jouer un tour. Je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit que l'un des professeurs a débarqué pour nous dire que nos parents et tuteurs venaient nous chercher. Si je me souviens bien, ce jour-là, des enfants s'étaient plantés des crayons. Tout le monde avait été choqué, surpris, déboussolé, apeuré. J'avais simplement récupéré ma Céleste et fait mon sac. Les gens sont fous, les adultes sont fous, pourquoi pas les enfants alors ? Nulle raison d'y prêter plus d'attention et cela m'avait permis de rentrer plus tôt chez monsieur et madame Drake.

    Je bois une nouvelle gorgée de mon soda, retroussant mon nez en sentant les bulles sur ma langue. Je hoche légèrement la tête et hausse les épaules :

    " - Si je reviens, je l'amènerai, mais là, elle était toute fatiguée. "

    Mes secrets, depuis que je l'ai, elle les a très bien gardés. Elle n'en a parlé à personne. Elle est bien la seule en qui j'ai confiance. J'ai parfaitement conscience que ce n'est qu'une peluche, un objet inanimé qui est incapable de me répondre, de me parler, de me réconforter. Mais elle a réussi là où les autres ont échoué. C'est incroyable comme une chose si insignifiante peut en réalité faire de grands choses. Je suis presque déçu de ne pas l'avoir apportée, j'aurais tenu sa main et l'aurait bercée, même fatiguée. Debout, face au bureau, je pose à nouveau ma canette en me hissant sur la pointe des pieds avant de laisser mes talons toucher à nouveau le sol. Je m'amuse comme ça un instant avant de laisser mes doigts se balader à nouveau sur le rebord :

    " - Oui, elle dort mal. ".

    Céleste dort mal parce que je dors mal, incapable de trouver le sommeil quand mes yeux restent grands ouverts à fixer le plafond. Je n'ose pas dire qu'elle fait des cauchemars, comme moi. Je me sens coupable de reporter tout ce que je ressens sur elle. Comme moi, elle n'a rien demandé. Je soupire fortement, m'arrêtant de jouer avec mes doigts, je lève les yeux vers madame Rosenwood et, même si je ne soutiens pas longtemps son regard, j'arrive quand même à parler, encore :

    " - Elle veut pas trop dormir... Elle a peur de fermer les yeux, d'être dans le noir... ".

    Je me penche un peu sur le bureau, prenant appui sur le rebord et murmure presque, jetant un coup d’œil derrière moi :

    " - Elle veut plus faire de cauchemars... Et je sais pas comment éloigner les monstres d'elle... Je suis pas un héros, vous savez... Je combats pas les monstres... Je me cache d'eux... ".


    Trouillard. Lâche. Couard. J'ai honte. Honte d'être incapable de me protéger. Honte d'être incapable de protéger une peluche aux grands oreilles. Tss... C'est elle qui me protège. C'est elle qui éloigne les monstres lorsqu'ils se glissent sous mon lit. C'est elle qui me murmure qu'un jour, j'irais mieux. Je lève à nouveau les yeux, la tête rentrée dans mes épaules. J'humidifie mes lèvres, affichant une mine déconfite, ma voix se faisant plus basse encore :

    " - Les cauchemars, les monstres... Le croque mitaine... Il vient pas pour elle... Il vient pour moi, je le sais... Je promets, je veux me battre pour elle mais... Je peux pas... ".


    Mes yeux brillent. Hors de question de verser une larme. Est-ce que les monstres dans le noir pleurent pour moi ? Y a-t-il seulement quelqu'un pour pleurer pour moi ? Je ricane intérieurement. Oui, il y a bien une personne pour me pleurer : c'est moi. Moi et moi seul. Bouh, pauvre petit garçon, oublié de tous, seul au monde à pleurer sur son pauvre petit sort. Je me dégoûte. Je m’écœure moi-même. Je déglutis, ravalant un soupçon de sanglot. Les grands garçons ne pleurent pas. Ils sont forts, gardent la tête haute et sourient :

    " - Elle reste éveillée pour me protéger aussi. Un jour, c'est moi qui la protègerai, je le lui ai promis. ".

    Je souris, déterminé. On m'a trop souvent promis monts et merveilles. Je sais ce que c'est, qu'une parole en l'air. C'est pourquoi jamais je ne promettrai quelque chose à la légère. Surtout pas à ma meilleure amie.

    Je ne suis plus très sûr si c'est normal d'avoir peur. C'est normal que j'ai tout le temps peur ? Peur de m'endormir, peur de me réveiller, peur de me lever, peur de parler, peur de marcher, peur de sortir, peur d'être confronté aux autres, peur de pleurer, peur du noir, peur de ne plus pouvoir bouger, peur de respirer, peur de mourir, peur de vivre ? C'est normal ? Je n'en suis plus si sûr. Je voudrais la croire, vraiment. Mais j'ai peur de croire aussi. Croire ? Je lève un instant les yeux au ciel, au plafond. Croire en qui, en quoi ? Dieu, m'écoutes-Tu ? Est-ce que Tu m'entends lorsque je joints mes mains, T'appelant désespérément pour que Tu m'ôtes cette peur ? Es-Tu seulement là, quelque part ? Aurais-tu seulement permis que tant de choses horribles m'arrivent si Tu étais réellement là ? Est-ce l'un de tes tests, comme ces héros qui doivent traverser des épreuves pour sauver les princesses et devenir rois ? Mais je n'ai rien d'un héros. Et sauver qui, devenir quel roi ? Sauver ma peluche et devenir roi de mes illusions ? Si seulement Tu pouvais m'entendre, si seulement Tu pouvais m'apporter quelques réponses, je n'aurai plus à errer.

    J'ai peur de bien des choses mais pas des araignées. Je souris légèrement et hausse les épaules à cet aveu. Je trouve ça drôle, d'un cliché, presque mignon le fait qu'elle ait peur de ces petites bêtes. Ce n'est pas la petite bête qui va manger la grosse, c'est sûr. Ça, c'est une peur normale. Je l'envie presque. Ce que j'envie encore plus, c'est qu'elle puisse écraser ses peurs, que quelqu'un puisse écraser ses peurs à elle. Je tends la main et attrape le morceau de papier entre deux doigts avant de le regarder, le lire et le mémoriser. Je la regarde longuement et sourit à nouveau. Elle se soucie vraiment de Céleste, elle se soucie vraiment de moi. J'acquiesce du bout du nez, serrant le bout de papier contre mon torse. Et elle a promis. Elle aussi ne fait pas de promesses en l'air, elle l'a dit. Elle a promis. Une vague de chaleur m'envahit. Je commence à me détendre. J'aimerai tendre les bras vers elle, qu'elle me prenne contre elle et me berce comme le faisait maman. Mais c'est pas possible. Mon sourire faiblit un peu, mes bras retournant le long de mon corps :

    " - Elle veut partir... Mais rester avec moi. ".

    Je hausse mes épaules avant de continuer :

    " - On partirait que tous les deux. ".

    Ma langue claque contre mon palais alors que je m'accroupis, seule ma tête dépassant du bureau. Mon index trace des cercles sur la table, je le regarde tourner et tourner encore et encore :

    " - Il n'y a personne d'autre que moi qui l'aime. Que moi. Elle est toute seule sinon. ".

    Je ricane :

    " - Non, elle est pas en sécurité. Personne ne l'est à Caswell. ".


    Je grimace. Je n'aurais pas dû dire ça, je le regrette déjà. Celui qui dit du mal de Caswell le paye au prix fort. Je n'en ai jamais dit à l'école mais je sais très bien que je n'ai pas intérêt de le faire. J'inspire profondément :

    " - ... Vous le répèterez pas, qu'elle est pas très bien ici, pas vrai ? ".

    Comme une prière enfin exaucée, elle pousse une feuille et son stylo vers moi. Je me redresse vivement, la bouche grande ouverte comme si je déballais le plus beau des cadeaux. J'hésite un moment avant de prendre enfin le stylo entre mes doigts ainsi que la feuille. Je vais rapidement me coller à la fenêtre pour dessiner ce que j'y vois en bas ; la mer. Je plaque ma feuille contre la vitre et dessine, concentré sur ce que je vois :

    " - Hmm... J'ai déjà dessiné la maison. Mais elle veut y aller. Elle veut rentrer. ".


    Je veux rentrer.

    J'ai de la chance, le stylo est bleu. Je peux dessiner la mer, le ciel. Je sais que je ne suis pas le plus doué, le plus fort en dessin, mais j'aime ça. Non, je ne peux pas vivre sans. Plutôt mourir que de ne plus pouvoir retranscrire ce que je vois, ce que je pense. Je reste silencieux, plus que concentré. Je ne suis plus là, je suis dans mon monde. Un monde dans lequel personne ne peut me déranger. Moi et la feuille. Moi et le stylo. Je finis par m'asseoir sur le sol en tailleur une fois que j'ai jugé mon travail achevé et commence à faire un pliage. La mer, le ciel, le phare et un bateau en papier. Je me relève et époussette mes vêtements avant de poser le petit bateau bariolé de bleu sur le bureau de la madame. Je le fais doucement avancer sur le rebord, les lèvres pincées et acquiesce d'un tout petit signe de tête :

    " - Je sais déjà que je vous dessinerai pas d’araignée, je promets aussi. ".

    J'arrête de jouer avec mon bateau en papier et le laisse sur le bureau. Mon menton se relève et mon regard croise le sien. Je commence enfin à soutenir son regard, mes yeux restant de plus en plus longtemps plantés dans les siens. Dans ses yeux, il y a une flamme, un peu comme maman quand elle me racontait des histoires. Des rêves d'aventures, des rêves de partir loin, de vivre loin. Avec un prince peut-être ?

    " - ... Je pourrais vous dessiner en princesse ? "

    Une jolie princesse dans son joli château, attendant son beau prince prêt à lui faire parcourir le monde. Découvrir, voyager, réaliser ses rêves les uns après les autres. J'ai envie de ne plus avoir peur de croire, croire que les histoires peuvent bien finir, que la princesse soit toujours heureuse et que le petit garçon devienne enfin un héros.


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MessageSujet: Re: Si la mer était d'encre et le ciel de papier [ feat Dylan ]   Mer 8 Mai - 1:44

Elle n’était pas une princesse. Pas une Aurore, ni une Cendrillon. Elle était plutôt la méchante belle-mère ou l’affreuse sorcière, une personne détestable en général. Elle était celle qui devait effrayer Timothy dans son livre de contes. Elle n’avait plus l’innocence ni la compassion des héroïnes. Il n’y aurait jamais de fin heureuse pour elle, pas de « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Elle avait arrêté de croire aux contes de fées en même temps qu’elle avait arrêté de croire en dieu et en la rédemption. No rest for the wicked. Elle n’était pas bien différente. Pourtant, à travers les yeux d’un enfant, elle était encore une princesse. Alors, elle acquiesça légèrement, observant le petit homme à travers ses lunettes.

« Bien sûr Timothy, j’aimerais beaucoup çà. »

Certains racontent que la vie est une succession d’épreuves. Pourtant, la vie c’est ce qu’il y a entre ces épreuves. La vie c’est ces moments passés à être heureux, la vie c’est ne pas se soucier de la prochaine embuche qui viendra irrémédiablement se mettre en travers du chemin pour apprécier ce qu’on nous donne. Tout ce qui est donné finit toujours par être repris, mais qu’importe ? Qu’importe lorsqu’un gamin vous sourit avec un trou dans son sourire, en vous disant que vous êtes une princesse ? Ash l’appelait comme çà parfois, lorsqu’elle se plaignait ou qu’il voulait jouer avec ses nerfs. Ils n’étaient pas des adeptes des noms affectueux, c’était pour les vrais couples, pour les gens qui s’aiment. Elle resta silencieuse et observa Timothy jouer avec son bateau en papier. Elle ne savait pas nager, mais elle aimait la mer. L’impression qu’elle ne finissait jamais, qu’elle n’avait pas de frontières, pas de limites tout en sachant pertinemment qu’au-delà se trouvent des terres lointaines. L’évasion, le voyage et l’aventure. Une vie loin de Caswell, une vie sans codes sociaux et sans rôle à tenir. Elle aimait lorsqu’il arrivait à Ash de parler des endroits qu’il avait vus, sans jamais lui épargner les détails de ses conquêtes dont il ne se souvenait que d’une sensation vague. Elle espérait ne pas être l’une de ces filles, ne pas être qu’une étape oubliée aussitôt la route prise. Au fond, elle savait qu’elle ne l’était pas, au fond elle savait que c’était elle la destination.

Elle releva la tête et jeta un coup d’œil à l’horloge au dessus de la porte. Au-delà de la porte, il y a le monde extérieur, les adultes et les responsabilités. Ici, avec Timothy dans la pièce, rien de tout cela n’a d’importance. Mais le temps est une chose volatile et il passe aussi vite qu’un train que l’on aurait raté. Elle soupira et commença à rassembler ses papiers, constatant qu’elle n’avait pris aucune note pour la séance. Peu importe, elle n’était pas prête d’oublier Timothy.

« Je pense qu’on a fini. On se reverra bientôt et tu pourras me montrer ton dessin, je l’accrocherais juste au dessus de mon bureau. Mais je veux que tu sois sur le dessin aussi d’accord ? Il y a toujours de la place pour un prince avec une princesse. »

Elle se leva, s’accroupissant à ses pieds au bord de la chaise. Elle savait que Timothy détestait le contact humain, elle le savait et pourtant, avec une extrême précaution elle posa sa main sur la sienne et sera doucement.

« Tu peux me faire confiance Timothy. Tout ce que tu m’as dit, à propos de toi et Céleste ? Ça sera notre secret. Et je te promets que les choses vont s’arranger. Je t’en donne ma parole. »

Elle lui sourit et attrapa son attaché-case.

« Mme Blake nous attend. Et Céleste doit être impatiente de te voir. »

Elle ouvrit la porte et attendit le jeune garçon. Elle ferma derrière lui et le conduisit en silence vers la salle d’attente où Mme Drake attendait, les jambes croisées, tournant nerveusement les pages d’un magazine obsolète sur le jardinage. Elle se leva immédiatement en les voyant et vint immédiatement se poster, protectrice, aux côtés de Timothy. Dylan sourit, oui Mme Drake allait faire une Bonne Mère, elle n’avait aucun doute là-dessus.

« Je voudrais revoir Timothy comme prévu, mais c’est un très gentil garçon, vous avez de la chance Mme Drake. »

De la chance, d’avoir finalement la vie que vous avez toujours voulut. Un mari aimant et un garçon qui finira par vous considèrent comme sa mère. La vie que je n’aurais jamais, mais ce n’est qu’un obstacle.

« Aurevoir Timothy, dis bonjour à Celeste de ma part. »

Elle salua Mme Blake et s’éloigna. Timothy était son dernier rendez-vous de la matinée. Elle sortit du bâtiment, saluant les employés, et se dirigea vers sa voiture. Une fois en sécurité dans l’habitacle, elle sortit son portable et, après quelques secondes de réflexion, composa le numéro sans même avoir à y penser.
L’adversité n’est un problème que si on la laisse nous abattre. Les monstres sous le lit ne sont réels que lorsqu’on y croit… un peu comme les fées dans Peter Pan. L’espoir meurt quand plus personne n’espère. Timothy a 12 ans et une vie d’abus derrière lui, Timothy a peur du noir et des cauchemars qui viennent hanter ses nuits. Mais un jour Timothy ira mieux, parce que quelqu’un qui croit encore assez aux princesses pour voir quelque chose en Dylan, quelqu’un qui peut encore sourire après avoir vécu l’enfer et en être revenue, quelqu’un comme Timothy finira par voir la lumière. Alors, peut-être qu’elle aussi. Peut-être que la citrouille ne deviendra jamais carrosse, peut-être qu’elle ne trouverait jamais son prince, mais ce n’est pas si grave, elle avait toujours préféré les mauvais garçons de toute façon. Il décrocha au bout de trois sonneries.

« Ash, tu crois qu’on pourrait se voir ce soir ? »



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