AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Fear [ Jodie Hobbs ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

date d'arrivée : 05/06/2013
mensonges : 36
crédits : tumblr/bazzart
multicomptes : Timothy Grayson
âge : 43 ans
adresse : chez la Jodie


MessageSujet: Fear [ Jodie Hobbs ]   Mar 25 Juin - 4:41










    Ses yeux fixèrent le plafond un moment avant de réaliser qu'il n'était plus en prison. Cain était le genre de mec à ne pas avoir de véritable peur. Petit, il escaladait souvent les maisons du voisinage pour voler quelques trucs et se retrouver suspendu dans le vide ne l'avait jamais effrayé, pas plus que de tomber. On tombe tous un jour, hein. Il ne se qualifiait pas non plus de courageux ou brave, il savait juste qu'en faisant ce genre de conneries, il risquait d'en payer le prix. Combien de fois sa mère avait dû le ramasser à l'hôpital avec une cheville foulée ou un poignet cassé ? Une façon de défier le Destin, la Mort ? Peut-être. Plutôt de la stupidité maladive et un besoin inébranlable de pousser le bouchon toujours plus loin. Il savait qu'un jour, il en payerait le prix. Et il l'avait payé bien fort. Il n'avait jamais eu peur de grand chose et dans ses conneries, personne ne pouvait l'arrêter. Sauf les flics. Il croisa les bras sur sa nuque et referma les yeux, respirant le plus calmement possible, savourant le fait que son dos soit enfin étendu sur un véritable matelas. Moelleux, douillé et à l’abri des fuites d'eau ou bien de la pluie. Il n'avait à partager sa chambre. Il n'avait plus à dormir sur un seul œil et une seule oreille. Les premières nuits dans cette maison avaient été bien plus dures que ses premières nuits en taule. A croire qu'il était plus difficile de s'adapter à la vie normale qu'à celle en prison. Bah, il avait passé le cap, c'était tout ce qui comptait.

    C'était tout de même étrange, de passer plus d'une trentaine d'années sans avoir peur de rien, pas même des insectes, d'une possible apocalypse, des esprits ou bien des monstres pour sortir de prison et n'en revenir qu'avec une seule peur : y retourner. Il avait entendu dire qu'il y avait des innocents en prison. Il n'en avait pas trouvé beaucoup. Lui-même savait que, même s'il avait été accusé à tord, il n'en restait pas moins coupable. Coupable d'avoir couché avec une mineur, coupable ne serait-ce que de l'avoir voulue, d'y avoir pensé. On pouvait dire tout ce qu'on voulait des prisons avec les cris et le pleurs incessants. Iouri les avait cherchés aussi sans jamais réellement les trouver. Si les hommes se mettaient à crier, pour sûr qu'on ne les entendrait plus le lendemain. Le silence du soir l'aurait presque rendu fou. Il inspira profondément en rouvrant les yeux. Il y avait un silence pesant ici aussi. Un silence de mort. Caswell n'était pas une ville vivante mais cette maison... Un long frisson le parcourut, sans savoir pourquoi, se redressant alors sur le lit. Il s'était passé quelque chose à l'intérieur de ses murs, quelque chose qui laissait une empreinte invisible autour de lui et qui le mettait horriblement mal à l'aise. Il se passait aussi quelque chose dans cette putain de ville. Il ne voulait pas être impliqué dans toute cette merde. Après ce qu'il s'était passé à la fête, les flics interrogeraient certainement les petits délinquants, les gros délinquants. Les gens comme lui. Il n'avait encore rien fait et on risquait de venir le faire chier. Étrangement, ce qui l'ennuyait le plus, c'était qu'on aille faire chier la gosse. La gosse... Il avait l'impression qu'elle n'était encore qu'une gamine. Ce n'était pas le cas. La gamine de douze ans avait bien grandi. La seule à lui avoir ouvert sa porte sans poser de questions. Sans l'emmerder. Si jamais on venait le faire chier, il s'éclipserait sans se douter à un seul instant qu'il finirait par revenir.

    Il n'aurait jamais dû revenir ici. Cette ville ne lui apportait rien. Chaque matin, lorsqu'il se réveillait dans cette chambre, il se demandait pourquoi. Pourquoi être revenu, pourquoi ne pas partir, pourquoi rester, pourquoi Caswell. D'une manière ou d'une autre, il réussirait à faire chier cette ville. Sans un bruit, il se prépara et fila lorsque le soleil commençait à peine à se lever. Courir près du voisinage, ça avait toujours été son excuse pour faire un petit repérage. Observer les maisons, les toitures, les fenêtres, les garages... Il ne pouvait pas s'en empêcher. L'envie lui prenait encore de vouloir escalader un mur pour s'introduire chez des inconnus. Plus si inconnus que ça. Tout le monde se connait dans ce bled paumé. Il vit des hommes, des femmes comme lui qui se levaient tout aussi tôt pour courir sans avoir à subir la foule. Tous le dévisagèrent. Paria. L'envie lui prenait aussi de les courser et de les cogner jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus le regarder. Rester calme. Il était toujours en sursis. Il se pressa dans sa course, s'épuisant plus au lieu de se détendre et rentra. La gamine lui avait filé un trousseau de clés pour pouvoir rentrer et sortir à sa guise. A force de voir ce qui trainait dans les rues, il songea plutôt à s'enfermer à clé à l'intérieur. Bande de cons. Il secoua son t-shirt pour s'aérer et se mit directement en route vers la cuisine. L'odeur du café. Il était tôt, bien trop tôt.

    " - Déjà debout ? ".

    Le petit rat de bibliothèque, installé dans son canapé, bouquin à la main. Il n'avait jamais compris cette passion pour la littérature, les images étaient bien plus percutantes que les mots. Il servit deux tasses de café et lui en apporta une avec un grand sourire.

    " - Trop aimable d'faire le café pour mon retour. ".

    Jouer au papa et à la maman parias, c'était drôle parfois.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

date d'arrivée : 29/05/2013
mensonges : 37


MessageSujet: Re: Fear [ Jodie Hobbs ]   Dim 30 Juin - 0:44

Le quotidien de l'homme envahissait le sien, y modelant un rythme entre périodes d'éveil et de latences. Elle n'avait pas peur de lui, n'y voyait aucune raison. De temps en temps, des terreurs animales assaillaient la jeune femme par des sensations indistinctes, des bruits, des silences ou des couleurs parfois. Cela venait de Iouri, il n'y avait pas grand chose à faire pour les apaiser. Une ou deux fois, Jodie s'était levée pour allumer télé ou radio la nuit, donner un fond sonore au silence, un fil d'Ariane à suivre jusqu'au sommeil. Elle, le bruit l'empêchait de dormir, mais elle cessait de prêter attention aux peurs de l'homme. Peut être parce qu'elles diminuaient, peut être parce que le bruit les couvrait.

Il se levait toujours avant elle, sauf lors de ses insomnies. Dès le premier jour, Jodie lui avait donné le double des clés : sa maison n'était pas une prison. Si Iouri n'avait jamais été un ami, elle se souvenait malgré tout de lui, de sa silhouette dégandée et de sa voix qui, chose étrange, n'avait pas vraiment changé. Un criminel, un pédophile et maintenant, un ex taulard. Elle savait ce qu'il était et lui, hé bien il savait qu'elle savait, à partir de là pas besoin d'en dire plus. Fervente lectrice de Nabokov dans ses jeunes années, Jodie ne voyait à son crime qu'un aspect littéraire. Elle ne lui en parlait jamais, pas comme ça. De temps en temps il la taquinait, alors elle répondait avec un humour plus ou moins noir, mais la jeune femme veillait à ne pas blesser. Elle l'accueillait chez elle, lui permettait d'y vivre plus ou moins tranquillement mais le laissait gérer ses affaires seul, sans l'accuser d'une chose ou d'une autre.
Il faisait de même avec elle. Même sans savoir son secret au début, son « don », il avit respecté son désir de solitude et sa peur du monde extérieur. Lorsque Iouri avait compris le pourquoi du comment, il n'avait pas changé d'attitude et pouvait même parfois se montrer prévenant, de manière éloignée.
Leur amitié, leur relation, était celle de la distance après tout.

 « le Café? »

Machinalement, elle prit la tasse tendue, le livre sur les genoux. Et puis elle se souvint : descendue environ un quart d'heure après le départ de Iouri, Jodie avaut tenté de préparer le petit déjeuner mais avant même de commencer quoi que ce soit, elle avait vu le livre sur la table et s'était laissée tenter. Toujours comme cela avec elle, elle se mit à rougir un peu, comme une gamine prise en faute, mais la culpabilité s'oublia bien vite alors qu'elle revenait à son livre.
Une phrase du roman fit alors écho dans sa tête, à une chose importante de la vie réelle, qu'elle devait dire. Jodie releva les yeux, le front plissé dans un effort de concentration.

 « Je...Je t'ai racheté du nutella, pour le petit déjeuner »

Elle, elle n'aimait pas ça. Le pot n'était qu'à Iouri. Rien d'étrange ou d'effrayant n'émanait de l'autre homme pour le moment. Rassurée, Jodie posa enfin son livre. Elle se rappela de la présence du café dans sa main, le but et se brula la langue, oubliant qu'il était brulant.
En décalage avec le monde, Jodie semblait peiner à vouloir s'y réinstaller de nouveau ne serait-ce qu'un court instant. D'une certaine manière, seule la présence de Iouri l'empêchait de complètement se couper de tout.

Le café était fort, l'homme savait qu'elle le buvait sucré mais se fichait bien de lui en rajouter. Jodie grimaça, mais ne prit pas la peine d'aller y pallier par elle même non plus. Dans le fond, ça n'avait aucune importance... Elle hésitait à se recoucher, là que l'homme était réveillé, grapiller quelques instants de sommeil qu'aucune émotion étrangère ne pourrait parasiter, seulement l'écho de sa mère résonnait encore dans sa tête, à la traiter de paresseuse et de bien d'autres noms.

La jeune femme ferma les yeux un peu, somnoler sur le canapé pouvait être tout aussi bien. Elle n'avait pas peur de Iouri, le personnage de l'inquiétait pas, alors rien ne l'empêcherait de dormir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

date d'arrivée : 05/06/2013
mensonges : 36
crédits : tumblr/bazzart
multicomptes : Timothy Grayson
âge : 43 ans
adresse : chez la Jodie


MessageSujet: Re: Fear [ Jodie Hobbs ]   Lun 15 Juil - 1:39


    " - Ouais le café, quoi d'autre ? ".

    Quoi d'autre... Il y avait tellement de choses qu'elle faisait pour lui, plus qu'il n'en faudrait. Plus qu'on avait fait pour lui jusque-là. Bien sur, il y avait eu son père, parti trop tôt, qui avait fait beaucoup malgré tout. Sa mère, peu présente et travaillant beaucoup pour assurer un minimum d'avenir à ses enfants. Son frère... Ses amis. Des amis qu'il avait perdu ce fameux jour. Courageux mais pas téméraires. Incapable de lire ne serait-ce qu'un simple papier juridique, il avait demandé de l'aide. Mais tu comprends Iouri, on peut rien faire pour toi. C'est pas facile de se sortir de ce merdier. Puis merde, les mecs comme toi, ça va en taule. Tu comprends ? Non, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas que les personnes avec qui il avait grandi et partagé un minimum de sa vie lui tourne le dos sans savoir réellement ce qu'il s'était passé. Tout le monde l'avait pensé coupable sans entendre sa version. Même sa mère qui pourtant s'était démenée pour lui trouver avocat et argent pour la caution. A quoi bon se battre alors ? Il n'y avait pas eu de raisons. Puis il y eut la gamine. La brunette. Il se rappelait de ses grands yeux bleus qui le regardaient, pleins de larmes. Des larmes qu'il n'avait pas causé, pour une fois. Ce n'était pas prévu qu'elle soit chez elle, ce soir-là. Il avait paniqué et... Et elle avait été la seule, des années après, à lui ouvrir sa porte. La seule à ne pas juger. Il lui avait dit, une fois, si ça ne lui faisait rien d'avoir un gros pervers chez elle. Elle s'était contentée de hausser les épaules. Il avait souri. Ce n'était pas qu'elle s'en fichait, de lui, mais seulement ce que pouvaient penser les autres.

    Il souffla sur la surface avant de boire une gorgée ; le café était bien corsé, comme il l'aimait. Il y avait des choses qu'ils avaient appris, l'un sur l'autre. Des choses que peu de gens connaissaient, même si pratiquement tout se sait dans cette foutue ville. Des choses comme le fait qu'il était innocent. Des choses comme le fait qu'elle était différente. Elle était déjà bien différente des gens d'ici, ne serait-ce que pour sa culture, son intelligence et son ouverture d'esprit. Il y avait eu autre chose qui la différenciait des autres. Lui aussi avait haussé les épaules lorsqu'il avait su ce petit truc qui la rendait véritablement différente. Il avait mieux compris certaines choses, certains comportements, mots ou peurs. Ce n'était pas devenu plus simple pour autant, cela lui évitait simplement quelques gaffes, de penser à des moments de sa vie qui pourrait l’embarrasser elle en captant ses émotions. Bien sur, il y avait des choses qu'il ne pouvait pas contrôler, qu'elle non plus ne pouvait contrôler. Ça viendrait avec le temps, sûrement... Sûrement.

    Sa tête se pencha sur le côté alors qu'il haussa un sourcil. Réagir directement à la bouffe, c'était un peu du genre pathétique. Sans plus attendre, il fila à la cuisine et fouilla les placards d'une main pour y trouver le nutella. Il finit sa tasse d'une traite pour pouvoir s'occuper de son petit déjeuner. Une fois ses tartines prêtes et dévorées, il réfléchit à quoi lui préparer pour lui faire plaisir. Il n'avait jamais été doué à ça, faire plaisir aux autres. Il décevait souvent, même lorsque ce n'était pas voulu. Il savait au moins qu'elle faisait un minimum attention à elle. Il se massa le menton, sa barbe naissante lui picotant les doigts. Après une longue réflexion pour choisir entre des tartines de confiture et des céréales, il hocha la tête, sourcils froncés. Ses mains trouvèrent le pot de nutella et il le rangea.

    " - T'es sortie pour m'ach'ter du nutella ? ".

    Il n'y avait pas que le pot de nutella, elle avait dû faire des courses. Mais elle était sortie. Ses sorties se faisaient rares et à chaque fois qu'elle rentrait, cela l'épuisait. Fatiguée du regard des autres, fatiguée des murmures et autres ragots, fatiguée du monde. Il referma le placard et opta pour des tartines, dissimulant un carré de sucre sur le plateau avant de le lui apporter. Le lui mettant sous le nez avec son grand sourire habituel, il resta debout, gardant une certaine distance.

    " - Sympa pour l'nutella, sérieux, j'le pense. ".

    Iouri s'accouda légèrement sur le canapé, tenant le plateau d'une main. Elle avait fermé les yeux. Preuve de confiance, peut-être. Il garda le plateau en main, prenant le plaid de l'autre pour la couvrir. Ce n'était rien, ce n'était qu'un geste parmi d'autres, un petit geste pour essayer de lui faire plaisir aussi.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

date d'arrivée : 29/05/2013
mensonges : 37


MessageSujet: Re: Fear [ Jodie Hobbs ]   Sam 7 Sep - 21:57

A peine eut-il posé le plaid sur elle que Jodie s'y raccrocha ainsi qu'un noyé le ferait d'un rocher. Iouri avait raison : la jeune femme ne le craignait pas. Elle ne s'estimait pas forte au point de lui résister s'il voulait lui mettre un coup, juste beaucoup trop inintéressante et fade pour cela. Le trop peu d'estime de soi que Jodie possédait agissait sur elle autant comme une prison, qu'une armure et peu importe si dedans, elle étouffait vivante.

 « Il fallait faire quelques courses, et tu m'as dit d'essayer de sortir plus... Mais je le ferais pas tous les jours »

Avant même la découverte de son pouvoir, Jodie n'était pas encline à la ve en communauté. Le simple fait de regarder quelqu'un pour parler pouvait la terroriser, inutile de dire que ses relations sociales oscillaient dangereusement du strict minimum au néant complet, jusqu'à ce que son professeur lui mette le grappin dessus pour une liaison amoureuse. Parfois, Jodie le plaignait : le pauvre avait du bien s'ennuyer avec elle, au lit comme ailleurs. Au fond, elle était un fardeau...

Lentement, Jodie se força à rouvrir les yeux. Mon dieu, elle devait être affreuse pas vrai ? Avec un semi air de tristesse pour seul maquillage, comme si son visage ne savait rien supporter d'autres. Parfois la jeune femme se demandait combien de temps cela prendrait avant qu'elle ne suive les pas de son père jusqu'au suicide. Pas longtemps, lui soufflait sa conscience, oh non pas longtemps du tout.

Elle entendant Iouri petit déjeuner et serra un peu plus le plaid contre elle. L'homme veillait toujours à lui donner un cocon de protection en occultant ses propres ressentis, cependant sa brutalité de chien blessé pouvait faire saigner parfois, et leur entente n'était pas idyllique non plus. Aujourd'hui, cela allait...

 « Tu as fait tes exercices de lecture ? »

Au fur et à mesure, Jodie s'était rendue compte des lacunes de l'homme au niveau scolaire. Elle avait choisi d'y remédier et, à sa grande surprise, Iouri ne protesta pas. Bon évidemment il y eut quand même pas mal de disputes, c'était facile de se décourager après tout, mais la jeune femme tint bon, et Iouri encore plus.
Il faisait des progrès rapidement, et Jodie s'appliquait à le féliciter à chaque fois, fière de tout ce qu'il avait parcouru, et fière aussi d'elle, servir à quelque chose.

Régulièrement, elle lui faisait la lecture. Cela le calmait et lui donnait également envie de continuer. Jodie ne voulait pas lui faire croire que le monde des livres et des histoires lui était trop élitiste et complètement fermé, elle espérait juste ne pas faire trop mal les choses. Dans le fond, elle espérait beaucoup de choses finalement.

En douceur, sans gestes brusques, la jeune femme se défit du plaid finalement. Elle étira chacun des membres de son corps jusqu'à pouvoir tenir debout, les yeux encore endormis, le corps peut être un peu alangui avec ce pli prticulier des cheveux que l'on a au sortir du sommeil. Prendre pied dans la réalité ? Allons, encore un effort, elle le pouvait...

Un soupir. Le plaid avait glissé au sol, Jodie se pencha pour le ramasser avant de le plier en un carré bien net. Elle repris également son café sur la table basse et le termina d'un coup. Ca y est, le bleu des yeux s'ancrait un peu plus dans quelque chose de tangible.

 « Et sinon, des plans pour aujourd'hui ? Pour me remercier d'avoir pris ton sacro saint nutella... Tu pourrais essayer de me faire un temple par exemple, non ? »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

date d'arrivée : 05/06/2013
mensonges : 36
crédits : tumblr/bazzart
multicomptes : Timothy Grayson
âge : 43 ans
adresse : chez la Jodie


MessageSujet: Re: Fear [ Jodie Hobbs ]   Mer 30 Oct - 1:27

  • Parfois, lorsque Iouri la regardait, il avait encore l'impression de voir la petite fille qu'il avait vu ce soir-là. Ses longs cheveux bruns tombant sur ses toutes petites épaules, ses grands yeux bleus légèrement rougis par les larmes lorsqu'elle avait levé les yeux vers lui, son livre qu'elle serrait précieusement contre son cœur. Une enfant prisonnière d'un corps d'adulte ? Peut-être. Il releva un sourcil, le plateau toujours dans l'une de ses mains. Elle s'agrippa à la couverture, comme un enfant le ferait d'une peluche. C'était à la fois touchant et... Il n'avait pas encore réellement tout le vocabulaire approprié pour mettre des mots sur ce qu'il ressentait mais il était certain d'une chose en voyant Jodie allongée sur ce canapé : il était content qu'elle lui ait ouvert sa porte. S'installer chez elle n'avait pas été facile, il y avait eu plusieurs blancs dans les conversations vu leur niveau vraisemblablement différent, quelques tensions sur des petites choses du quotidien en plus de celles ajoutées avec l'étrange capacité que la jeune femme possédait or au final, ce n'était pas si mal. Ils arrivaient à se supporter, à se sourire, à communiquer et parfois même à s'amuser. Il y avait peu à peu une certaine complicité qui s'installait et cela lui faisait chaud au cœur. Depuis combien de temps n'avait-il pas noué ce genre de relation avec une femme ? Avec un autre être humain ? Il était resté assez longtemps en prison pour voir à quel point les Hommes ne valaient pas la peine et pourtant, à voir Jodie aujourd'hui, il crut presque à un signe divin lui prouvant le contraire. S'il avait cru en Dieu, ouais, ça aurait pu. Et en plus elle jouait les anges gardien. Dans un soupire, il leva les yeux au ciel. C'était certain, le Destin lui jouait des tours et s'amusait à lui retourner la tête.

    Il s'accouda contre le canapé et resta penché à l'observer. De sûr, ils n'étaient pas prêts, ni elle ni lui, à renouer avec le monde extérieur. Ce n'était pas comme s'il voulait d'eux, pas vrai ? Dans cette putain de ville, tous pensaient qu'elle n'était qu'une sorcière, un monstre, rebut de la société, une pauvre fille qui ne valait pas la peine que l'on s'arrête pour la saluer. Déjà plus jeune, les rares fois qu'il passait en repérage dans le voisinage et qu'il avait vu la gamine, elle restait seule. Seule avec son livre. Seule avec son imagination. Les enfants ne venaient pas vers elle. Certes, elle ne faisait pas beaucoup d'efforts pour aller voir les autres mais elle restait seule et personne ne s'en souciait. Pas même les adultes. Jamais il n'avait vu quelqu'un se pencher sur la petite fille et lui demander si tout allait bien. Si elle allait bien. Tout le monde savait pourtant que sa mère était complètement barrée et qu'avec une mère comme ça ainsi qu'un père s'étant donné la mort, on ne peut pas aller bien. Et comme tout le monde, Iouri n'était jamais venu la voir. Sauf ce soir-là. Par hasard. Il haussa les épaules :

    «  - C'bon pour toi d'sortir, t'sais. J'f'rais à bouffer c'soir s'tu veux. ».


    Il n'avait pas eu une enfance de merde comme certains pouvaient le penser. Il avait perdu son frère et son père jeune mais sa mère avait toujours fait en sorte qu'il se sente bien. Une bosseuse. Une vraie fonceuse, prête à tout pour assurer une belle vie à son fils. Elle n'avait pas échoué. Mais lui l'avait déçue. Délinquant et petit merdeux, c'était tout ce qu'il avait réussi à être finalement. Il s'était poussé lui-même dans les ténèbres et même sa mère n'avait pas réussi à le retenir. Aujourd'hui, il le regrettait amèrement. C'était bien fait pour lui, pensait-il souvent. Bien fait pour lui... C'était dans ces moments-là, à penser à ça, qu'il se disait que la vie n'était vraiment pas juste du tout. Jodie n'avait jamais rien fait de mal et elle se retrouvait accablée d'un poids qu'elle n'avait pas demandé. Pas seulement de ce pouvoir qui lui rendait la vie impossible mais aussi de cette difficulté à s'intégrer dans ce monde.

    «  - Oui maman, j'ai fait mes exercices. J'commence même à pouvoir lire le journal sans bégayer. Cool. ».

    Bien sur, il la taquinait souvent à faire semblant d'être exaspéré. Dans le fond, il aimait bien qu'elle se soucie de lui, qu'elle passe derrière lui, qu'elle vérifie. C'était rassurant. Ça lui montrait qu'on ne l'avait pas totalement abandonné. En prison, il avait essayé de réapprendre à lire mais c'était une activité bien trop compliqué, surtout lorsqu'on la pratique seul. Il ricana et finit par s'asseoir sur le canapé :

    «  - T'as vraiment cru qu'j'allais t'construire un temple ? J'vais t'faire à bouffer, j'crois qu'c'est déjà pas mal. »

    C'était déjà pas mal, ouais. Surtout venant de lui. Néanmoins, il ne pouvait le nier : il adorait cuisiner pour Jodie. Elle reconnaissait pas mal d'ingrédient et appréciait toujours ce qu'il faisait, même lorsqu'il pensait avoir raté un plat. Et puis, ses yeux s'ouvraient en grand, ses grands yeux bleus, et s'illuminaient. Il avait remarqué ça, la fois où il lui avait fait une tarte aux noix. C'était une excellente critique culinaire et la voir aimer sa cuisine lui donner d'autant plus envie de faire des efforts. Cuisiner, c'était pratiquement tout ce qu'il savait faire.

    «  - J'vais d'abord me laver et j'dois déposer des Cvs sinon c'est retour en prison sans passer par la case départ. Y a du boulot sur les docks, j'pense aller décharger l'poisson sur les quais. Ça d'mande pas beaucoup d'intelligence et ils ont toujours besoin de mecs pour taffer. Ça peut l'faire. T'crois qu'tu pourras m'aider à faire mon Cv ? Pas envie d'faire de fautes et d'passer pour un tocard. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

date d'arrivée : 29/05/2013
mensonges : 37


MessageSujet: Re: Fear [ Jodie Hobbs ]   Mer 30 Oct - 22:56

En quelques secondes à peine, il avait construit un cocon de tendresse autour d'elle. Parfois, Jodie se demandait pourquoi Iouri acceptait tout cela : ses bizarreries, sa tristesse, ses peurs... Il n'y gagnait rien en retour, à part peut-être de s'épuiser. Songeuse, la jeune femme lui prit la main. De grandes mains, avec parfois des cicatrices. Ils n'aimaient pas être touché ni l'un ni l'autre, lui par peur de la menace, et elle par dédain de son propre corps, mais Jodie aimait sentir sa présence. Au début, il fuyait, elle s'en rappelait, et puis de lui-même, Iouri avait commencé à avoir ses propres gestes envers elle. Lorsqu'elle avait trop peur, lorsqu'elle perdait pied devant des émotions qui n'étaient pas les siennes...

 « Un tocard n'apprendrait pas à lire aussi vite que toi. Oui, je vais t'aider.... Et tu es intelligent Iouri, plus que beaucoup de monde ici »

Jodie souriait, calme et maîtresse d'elle-même. L'estime qu'elle tenait à l'homme était grande, il lui donnait tout d'une certaine façon. L'affaire de pédophilie dont il avait été accusé, Jodie ne voulait pas y penser. Pour elle, il n'était pas coupable, il n'avait violé personne. Quelqu'un qui rentre dans votre maison et vous trouve seule et vulnérable, en larmes sur votre lit, quelqu'un qui s'approche, vous parle et vous console même si vous n'avez qu'une dizaine d'année et que vous êtes à sa merci, ce n'est pas un violeur.
Elle lui offrait l'hospitalité, lui qui avait payé une dette n'étant pas la sienne. Bien sûr dans la ville, Jodie se prit pas mal de méchantes rumeurs : elle se traînait à ses pieds comme une chienne, elle n'attendait que de lui ouvrir ses cuisses, cette traînée !

Coucher avec Iouri. La jeune femme ne l'avait jamais fait. Héberger un homme chez soi, un inconnu, c'était peut être s'exposer à des violences sexuelles mais Iouri n'avait jamais fait rien 'autre que de la taquiner parfois et surtout de la protéger du monde extérieur. Il pouvait avoir ce regard étrange parfois, comme si Jodie comptait à ses yeux, qu'elle était importante même s'il la repoussait quand elle embrassait sa joue.

Ils étaient peut-être fous, ils étaient peut-être glauque, et Jodie s'attristait parfois à l'idée que Iouri partirait un jour, en attendant elle trouvait auprès de sa présence tranquille une paix inconnue jusqu'alors. Elle voulait compter pour lui, elle semblait le faire parfois, mais Jodie ne savait comment s'inscrire définitivement dans la vie des gens.

Sans mot dire, la jeune femme monta à l'étage, préparer la salle de bain pour Iouri. Elle ne considérait pas cela comme une corvée, peut-être trop habituée à une certaine soumission, et effectuait cela presque par réflexe.

 « Promets moi une chose : tu fais les docks mais tu cherches un autre job en même temps. Pas une punition, un travail...ok ? Je t'aiderais aussi. »

Avec un de ses demi-sourires dont elle avait le secret, Jodie laissa la salle de bain à l'homme et redescendit. Ses propres peurs semblaient parties à présent, la journée était belle et si jamais quelque chose n'allait pas, Iouri serait là pour l'aider et la protéger. Ils fonctionnaient comme cela. Allumant la radio, elle débarrassa les traces de leur pseudo petit déjeuner tout en écoutant un air de jazz.

Des gens allaient et venaient dans la rue, mais Jodie ne percevait rien d'eux. Elle était à la maison, elle était là où se trouvait Iouri, et donc en sécurité. Cela arrivait souvent, comme en contrecoups des émotions violentes qu'on lui imposait avec la peur des autres, Jodie compensait par une toute autre émotion bien plus bénéfique celle là. En l'occurrence, la tendresse pour Iouri. Sa bouée de sauvetage.
Un jour il partirait, soit hors de la ville, soit hors de la maison tout simplement mais il partirait, ayant encore toute une vie à refaire. Beau garçon, Jodie ne doutait pas de voir l'homme trouver quelqu'un. Il la laisserait alors à sa forteresse de solitude et la vie serait dure sans lui, mais qu'y aurait-il à lui reprocher ?

Elle passa devant le miroir du salon, tenta un sourire. Bien, presque l'air humaine... Il y avait du progrès ! En attendant que Iouri redescende, la jeune femme s'occupa à remettre de l'ordre dans une des nombreuses bibliothèques, fredonnant à mi voix la mélodie du poste de radio.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Fear [ Jodie Hobbs ]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Fear [ Jodie Hobbs ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» The cave you fear to enter holds the treasure you seek. (23/07, 16h00)
» Knock, Knock... Who's There ? The Cry of Fear ~ [PV Evidemment]
» Jodie Holmes - beyond : two souls
» Presentation de Jodie Starling
» The Walking Dead (Saison 6) + Fear The Walking Dead (Saison 1)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
HOMECOMING △ V.4 :: Habitations-