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 PREGNANCY TEST • Here we stand, like flowers in the cold, wilt and wither. DAY 1 •• Ft. Aël

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date d'arrivée : 22/07/2013
mensonges : 267
multicomptes : //
âge : 22
adresse : Chez l'oncle, Northern Hills. Mais chut.
humeur : Shitty

sneak peek
Relations
:
What about the town ?:
Je sais tout de la vérité
Pouvoir: Casse-couille de compétition, caniche professionnel, mangeuse de cornichon et pétasse en service


MessageSujet: PREGNANCY TEST • Here we stand, like flowers in the cold, wilt and wither. DAY 1 •• Ft. Aël    Lun 9 Sep - 19:50

Je rembobine la cassette du début. Quelque chose m’avait échappé, je crois. Je ne sais pas ce que je fais là, dans cette salle de bain, paumée. Un sentiment d’impuissance m’est parvenue, quelque chose s’est mal goupillé dans l’engrenage. J’ai tendu le petit truc blanc devant les yeux et ai recompté les petites barres, quoi qu’il y’en ait peu, mais juste assez pour me rendre complètement transparente. Livide, les jambes tremblantes, le sol s’est dérobé sous mes pieds. Je crois. Rien ne se passait comme prévu depuis ces dernières semaines, mais une routine s’était installée, aussi bien dans ma vie extérieure, qu’entre Ethan et moi. J’ai senti ma respiration se couper, et j’ai fermé les yeux, pour les serrer aussi forts que possible. A m’en donner mal au crâne. Mais quand je les ai ouvert de nouveau, les deux petites barres étaient bien là. Bien bleues. Saillantes, j’avais l’impression de voir une sorte de smiley, de signe, dans ces petites traces matérialisation de ma propre décomposition. J’ai souhaité que tout change, que tout recommence, que ma journée aussi pourrie soit-elle redémarre du début. Mais rien ne s’est passé, j’ai espéré ce miracle de longues minutes durant, en laissant l’eau couler dans la baignoire. Tout avait commencé bêtement, finalement.

Ces derniers temps, je me savais à fleur de peau. Je ne savais pas pourquoi, tout me semblait flou, et un rien m’irritait. Je savais que je prenais la tête à Ethan pour des futilités mais dans ces instants, elles me semblaient monstrueusement importantes. Des tasses pas rangées, le lit pas fait. Je n’en étais pas au point de pleurer pour un rien, mais les moments de tristesse que j’éprouvais devenaient plus imposants en terme de temps et d’intervalles que ceux de joies et de rire. Versatile plus que de nature, je subissais de violents changements de comportement, et d’humeur. Ethan, c’était lui qui en faisait le plus les frais, pourtant habitué à mon caractère littéralement de merde. Et puis, je ne sais pas pourquoi, depuis une semaine, peut-être deux, de subites nausées m’ont secoué l’être. Au début je ne me posais aucunes questions, je devais être simplement malade entre les prises de drogue à répétition et sortir du bar, en novembre, dans cette ville pourri, avec pour seule protection un trench par-dessus un short et un soutif. Je me laissais aller, et je laissais couler les choses. Et puis, hier matin, les nausées se sont carrément concrétisées dans le fond des toilettes, penchée par-dessus à vomir tripes et boyaux, comme pour un lendemain de cuite. J’étais vraiment mal, et ce matin la même chose. Une petite pensée malsaine s’est insinuée dans mon esprit, se confondant avec les autres plus banales. Lèves toi. Habille toi, va faire du café, regarde l’heure qu’il est, je met quoi aujourd’hui ? Et si ça recommençait, comme y’a deux ans. C’est quoi le temps aujourd’hui, faut que j’appelle Tyler, où est Ea ? Et si t’étais enceinte, Bonnie ?

Par pur instinct de protection, j’ai voulu me rassurer en me disant que ça n’était pas possible. Nié, le plus fort possible, devant mon miroir, jouant un remake de la scène de Kill Bill. Et même si la vie de Black Mamba n’avait pas été de tout repos, cette scène particulièrement incongrue, je me retrouvais dans la même position. Elle était blonde, j’étais rousse. Elle était sapée, plutôt pas mal et sacrément canon, moi j’étais frêle, en t-shirt XXL, les yeux injectés de sang. Sommeil de plume, réveil la tronche dans la cuvette. Chacun son truc, elle faisait les choses avec classe, j’avais l’impression de ressembler à la vieille mendiante qui stagnait dans les caddies d’un supermarché de Caswell. Peu m’importait vraiment, seule ma dernière question tournait devant mes yeux comme une volute de vapeur mêlée à la fumée de ma cigarette. Ethan était déjà debout, dans le salon, et ne m’avait pas entendu, j’étais donc restée dans cette salle de bain, scrutant ma gueule défaite, les traits tirés, les cernes qui pendaient. Et j’ai pris une décision. Il fallait vérifier. Rien qu’à l’idée qu’il puisse apparaître un plus ou quelconque signe positif me rendait malade. Des tremblements d’angoisse, et de nervosité tiraillaient mes mains. Je me suis juste habillée, vite fait. En coup de vent, j’ai dis bonjour à Ethan, et fit mine d’aller au tabac. Un passage par la pharmacie, la boîte du test enfoncée dans le fin fond de mon sac à main, je lui ai ramené un paquet de clope, balançant le mien sur la table, genre, je vais me doucher. Et il y a  cru. Bien sur, ça n’avait rien d’anormal, pourquoi mentir sur le fait de prendre une douche. Il était loin de cette vérité cachée depuis deux longues années, qui m’ont parues rudes, et compliquées, quant à l’entretien du secret. Alors il m’a gratifiée d’un sourire à la Ethan, une de ses rares mimiques, lui qui avait tendance à arborer la gueule typique de l’asocial bourru et le faciès du branleur par excellence, celui dont les traits sont modelés par l’indifférence. Et je sais pas, il a voulu. Il m’a sourit, c’est rare, je m’en suis abreuvée. Ça m’a découragée, totalement, et le faible sourire que je lui ai rendu ne devait pas avoir autant de valeur que le sien. Mais, pas con comme il est ( quoi que le coup du chat prouvait toujours son imbécilité, et celle de Tyler. ) il n’a pas insisté, au risque de déclencher la tempête nommée mère dragonne as known as Bonnie Blacks.

J’ai donc récupéré la petite boite précieuse et filé comme une voleuse dans la salle de bain. J’ai fermé le rideau, allumé l’eau par le côté, pour rendre la supercherie plus crédible encore. Je savais qu’il devait travailler, et sa propre douche était déjà faite, il n’avait plus qu’à enfiler sa chemise puisqu’il avait tendance à se trimbaler à moitié nu le matin, et se barrer vite fait bien fait. Je n’attendais que ça, et ça me désolait. Il n’avait rien à voir dans l’histoire, ou peut-être un petit peu. Beaucoup. Moitié-moitié.
J’ai ouvert la boite, lu les instructions, et dans ma tête défilait la scène du Tarantino, ce qui m’extirpa un sourire malgré mon teint blafard et mon incapacité à tenir debout. L’idée que l’histoire puisse se dérouler une seconde fois me faisait trembler, j’en avais les larmes plein la gorge juste à cette pensée. Pourtant, je ne suis pas une fillette chouinarde qui pleure devant un film ou à quelconque occasion. Mais celle-ci m’a laissé des traces indélébiles sur le ventre, et chaque fois que je les frôlais, les voyais, alors tout se déchaînait à l’intérieur de moi. De la culpabilité à la haine, d’un chagrin profond au pur déni. Non, ça ne pouvait pas se passer comme ça. J’me suis assise sur ces putain de toilettes, procédé à ce putain de test, et j’ai attendu. Attendu, encore, et encore. Pour la deuxième fois dans ma vie les trente secondes qui ont précédé l’apparition fatale ont étés les plus longues, les plus lentes et les plus angoissantes données à vivre. Quelque chose s’est mit à bouillir en moi, comme si toutes les larmes encaissées et jamais versées se mettaient à frémir comme l’eau des pâtes. Les coudes sur les cuisses, ma tête renversée, le front sur les poignets, j’ai laissé faire. Je n’ai pas compté. J’ai juste senti la vague de douleur renverser mes abris, et défaire mes barrières comme s’il ne s’agissait qu’une rangée de coton. Ça avait tout renversé et commencé par des petites vagues avant de terminer par un énorme tsunami lorsque l’appareil s’est mit à biper. Le son le plus désagréable du monde. J’ai grimacé, les yeux fermés. Je me souviens de ce moment avec un sens du détail frappant. La petite fenêtre au-dessus de la baignoire était entrouverte, de quelques centimètres. La buée due à l’eau chaude s’était développée de moitié sur le miroir, le bord droit du rideau de douche était posé sur le coin de la baignoire quand le deuxième recevait le jet d’eau défectueux. La serviette noire dépassait de l’armoire qui, elle, commençait à devenir bancale, et supportait douloureusement mes nombreux produits de toilettes et les deux seuls produits d’Ethan. Dont l’un, était légèrement de trois-quarts. Le tout petit vent qui venait me geler les miches ne suffisait pas à faire évacuer la vapeur. L’eau était bouillante. Mon rasoir sur le dos. Mes chaussettes de couleurs différentes. Et ce putain d’appareil.

Je m’en souviens car, évidemment, elle s’est déroulée il y’a quelques minutes. Et aussi parce que j’ai vu. Une barrette, négatif. Deux barrettes, positif. J’ai vu les deux petites traces bleues se former, et dans le même temps, mon cœur s’arrêter de battre. Un grand froid s’est insinué dans veines, injection de glace, la présence d’une vie au cœur de mes entrailles. Une petite vie déjà tâchée par la drogue. Déformée et surtout, tombée sur la mauvaise hôtesse. Je n’étais pas celle qui allait lui ouvrir les portes d’une vie future, pleine d’entrain et de bonheur. Bien au contraire. Au fur et à mesure des minutes à observer les petites traces, j’ai blanchi. Mon souffle s’est fait rare, et une gène au myocarde, et mon être se tendre. Crispée, là, j’ai glissé sur le sol comme tomberait un bâton de bois. J’ai regroupé mes cannes de serins contre ma poitrine, et ai enfoncé ma tête dans mes genoux. Les poings serrés, je retenais toute cette colère. Je n’avais qu’une envie, tordre mon cors dans tous les sens, dans des assauts de rage incontrôlés, et casser. Juste, démolir. Attraper la télé et la foutre au sol, pétant l’écran plat que j’avais offert à Ethan. Pareil pour le meuble. Les assiettes, la tables, tout. La faïence du lavabo, les cadres stupides qui trônaient sur les murs décrépis, déchirer les draps, les fringues, me jeter par la fenêtre. J’ai posé le test à mes pieds, attendant la sentence encore quatre minutes. Et voilà où j’en suis.

Posée, le sol froid du carrelage faisait écho à celui installée dans mes poumons, dans le cœur, et le système nerveux. Je ne bougeais plus à l’exception de mon pied que je tapais par terre, frénétiquement. Les yeux rivés sur le petit écran rectangulaire, j’attendais. Dans quelques temps apparaîtra l’âge de la petite vie. Et puis un sursaut soudain quand j’ai entendu deux coups de bourrin sur la porte de la salle de bain.

« Bonnie ? J’y vais. »

Je n’ai pas pu répondre. J’ai entendu sa présence de grand dadet derrière la porte un instant. Je l’imaginais coller son oreille sur la porte pour savoir si, cette fois, oui on non je chantais sous la douche. Ce qui était un grand débat, puisqu’il jurait oui, j’hurlais non. Mais aucun son n’a pu sortir de ma bouche, le regard halluciné, je l’ai juste levé pour observer le loquet, et ai soupiré de soulagement en constatant qu’il était actionné. C’était bien fermé à clef. Il ne fallait pas qu’il voit, oh seigneur non. Que devrais-je lui dire après. Je devrais aussi tout raconter pour la première fois. Et puis je me suis rappelée, à ce moment précis, comme une évidence redécouverte après avoir tenté d’oublier. J’étais là, coincée. Je n’avais qu’une seule solution, quelque soit l’âge du bébé. Un bébé. J’ai attrapé le seau  et ai vomit, à nouveau. Au loin le son de la porte d’entrée qui claque. Je crois que c’est à ce moment que j’ai gémis de douleur. Etalée sur le sol comme une pute penchée sur un seau, vomissant son dernier quatre heure. Les sanglots ont fini par refaire surface, brûlants, abrasifs et se sont entremêlés à ma voix teintée de douleur, je gémissais, vomissais, et pleurais encore. La fin prochaine d’une vie me mettait à rude épreuve, je n’avais qu’une seule envie, réduire l’appart à néant. Mais la faiblesse avait prit possession de tout mon être, à deux doigts de tourner de l’œil. Je n’ai pas regardé tout de suite les inscriptions qui sont apparues sur l’écran, trop occupée à me noyée entre ma colère et ma peine. Une aiguille pointue, faufilée entre les côtes, perçant mon cœur, le saignant à blanc. Pathétique Bonnie, incapable de sauver sa vie, et qui, pire encore, inflige la mort. J’ai tué et je devais tuer à nouveau aujourd’hui. Nous n’étions pas faits pour être des parents, la chose à l’intérieur de moi était déjà camée jusqu’à l’os, vile représentant d’une vie de débauche. La mienne. Je n’osais pas mettre de mots sur ce lien qui m’unissait à cette chose. Je devais le rompre tout de suite. Mes poings serrés, j’ai été incapable de frapper ma peau. Je devais savoir, d’abord.
J’ai essuyé le coin de ma bouche avec la fameuse serviette noire qui dépassait de l’armoire et j’ai agrippé le test. Un par un, j’ai défais mes doigts que j’avais refermés sur les inscriptions. En tout petits chiffres bleus s’étaient inscrit l’échéance, la mort de l’être. Aujourd’hui, l’être au creux de mon ventre avait 3 mois ½ .
La main sur la bouche, l’horreur sur mon visage. J’ai suffoqué. La rage comme un poison irrésistible s’est amusé à fendre mon être en deux. Le test balancé contre la porte, le point serré frappant le sol à multiples reprises, sans faire cure de mes phalanges déjà ensanglantées, les dents serrées, j’ai retenu les cris qui perçaient ma poitrine. J’aurais voulu voir mon sang s’épancher encore sur le sol, ma cervelle éclatée sur le bord du trottoir en bas de l’immeuble, mes os tous fracturés. Il n’y avait pas d’autres options, l’un ou l’autre devait mourir. Et j’étais trop lâche pour mettre fin à mes jours, pourtant, tout mon cerveau en alerte m’envoyait ses signaux fatidiques. Jette-toi du haut de cet immeuble, Bonnie. T’es trop conne, et pathétique. Personne ne t’aime, et la seule chose qui aurait pu le faire,  tu vas la tuer. Tu l’as déjà tuée. Où est passée cette jeune femme fière de poudrer son nez, de piquer son bras. Tu as bien peu fière allure, criminelle. Il ne s’agit plus de voler des voitures là. Mais de jouer à Dieu, et émettre ton avis sur la consistance d’un être. Le tien. Le tien et… celui de qui ?

Tremblante à souhait, j’ai réfléchis. Et j’ai compté. 3 mois et demi. Un mois à Caswell. Deux mois en Californie. A nouveau debout devant le miroir, j’ai compté. Je tenais à peine debout et pourtant un a un j’écartais mes doigts pour bien prendre conscience que, encore une fois, nous avions fauté. Une nouvelle fois, nos corps se sont mélangés sans faire attention, sans protection, trop bourrés et déguenillés sous les effets de la drogue. Une nouvelle fois nous avions fusionnés, réunis dans un être que je portais désormais au creux du ventre. Mon cœur a faibli, et s’est fêlé. Comme ce miroir dans lequel j’ai abattu mon poing, déversant toute ma fureur, ma souffrance et mon sang pour briser cette image de moi. Je devais détruire ce reflet incroyablement navrant, déchirant. Ces rares larmes brûlantes devaient disparaître de ma vue, et juste continuer leur périple sur ma peau, et y creuser les sillons de la culpabilité. Le corps cambré, le visage dans mes mains, je secouais la tête comme pour nier l’évidence. Mais tout était bien vrai. Le sang sur ma main droite, mon corps tremblant de désespoir, l’être qui pleurait à l’intérieur de moi. Je devais mettre un terme à sa petite vie à peine commencée. Et très rapidement. Je ne supporterais pas l’idée de porter la vie encore une journée. Mais je ne voulais pas rester seule.

Alors, debout, hallucinée, et perdue dans la contemplation des débris de miroir, j’ai compris. Je savais quoi faire. Et c’est avec une méthode froide que je me suis attelée aux différentes tâches que je venais de m’attribuer. La fureur et le chagrin rendaient mon corps tremblant, mais je les empoignais avec force pour les enfoncer au creux de ma poitrine. J’ai eu du mal, mais j’ai réussi à faire ce que je m’étais destinée à accomplir. Je n’ai pas cessé de pleurer. En silence, lorsque j’ai ramassé le miroir cassé et en ai foutu les morceaux dans la poubelle. Pareil, quand j’ai nettoyé cette salle de bain maudite, décor d’une scène dramatique dont j’étais l’actrice principale. J’ai attrapé des affaires que j’ai balancées dans un sac de sport, un torchon enroulé autour de la main droite, le sang commençait déjà à changer sa couleur du blanc au rouge. J’ai foutu un jean, le premier qui me passait par la tête, un t-shirt, exactement le même que j’avais mis lorsque j’étais partie sur les docks avec Aël.

Aël. C’était lui que j’allais voir. L’idée m’avait semblée brillante, il était le seul qui pouvait accomplir cette tâche. Après tout, il était bien médecin légiste non ? Le portable dans la main gauche, j’ai pianoté un message  à Ethan. Un mensonge aussi gros que moi. Tant pis pour Tyler, je n’allais pas le prévenir, ça n’était pas important. Cette fois, il me servirait de couverture.

« Je  file passer deux ou trois jours chez Tyler. Invitation de dernière minute. »

Et voilà tout. Le portable au fond du sac, j’ai empoigné les clefs avant de revenir sur mes pas. J’ai attrapé Ea qui avait déjà grandit et lui ai embrassé le front. Ses petites pattes frôlaient l’eau qui me perlait au coin des yeux. Relâchée, j’ai attrapé la poignet pour m’enfuir. M’enfuir vite, comme une pauvresse qui tient mal sur ses pattes, quitter cet appartement hôte du malheur. Je devais fuir avant qu’il ne revienne, filer avant d’avoir à l’affronter, d’avoir à tout lui dire. Je devais garder le secret. La nausée au bord des lèvres, j’ai foncé dans l’habitacle de ma voiture, emboutit celle du voisin, et me suis précipitée sur la route. Je roulais comme une tarée, profitant d’une ballade plus longue grâce à un long détour qui m’évitait de passer devant Ethan en route pour le travail. Je suis arrivée chez Aël en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, forçant les autres conducteurs à me laisser dévaler les routes comme une désaxée. Je me suis permise d’embourber la voiture derrière la maison d’Aël et sa grand-mère pour éviter qu’on la repère. Plus rien ne comptait, mis à part cette espèce de mission. Je devais mettre fin à cette grossesse. Rapidement. Et la seule solution viable qui m’était apparue m’avait semblée être celle d’Aël. Je n’étais pas sure de pouvoir compter sur lui pour ce genre de choses mais, j’allais tenter.

Je suis sortie de la voiture, mon sac à main et sac de sport serrés contre moi, un pull d’Ethan me faisant paraître dix fois trop grosse. J’ai toqué. J’ai toqué encore. Et j’ai attendu. Peut-être n’était-il pas chez lui. Et peut-être sa grand-mère ne voulait  pas ouvrir.  Tant pis. J’attendrais.

Assise sur le perron de la maison, je me suis calée contre le mur, les sacs contre mon ventre. Allez, dépêches toi, maintenant.


Dernière édition par Bonnie JS Blacks le Sam 5 Oct - 20:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: PREGNANCY TEST • Here we stand, like flowers in the cold, wilt and wither. DAY 1 •• Ft. Aël    Sam 5 Oct - 20:28


DAY ONE.


« J’t’en prie ne pose de questions. Tu prends et tu ramènes. S’il te plait. »  

Colère. J’ai perdu un temps fou à attendre sur son perron comme une conne. Avec l’envie de me jeter des trois ridicules petites marches pour tenter de trouver l’angle idéal pour me péter le bide. Me briser en deux et réduire l’être à néant. Me briser aussi, faire saigner mes joues et mon nez. Griffer ma peau, lacérer mes bras et mes cuisses. Cette rage incroyable peuplait chacune des parties de mon être et me poussait au vice, un connard grattait les couches de mon esprit avec ses ongles et ses dents pour parvenir à l’essence. J’ai cessé de me battre et de renier. Je n’avais plus le choix que d’assumer mes conneries, nos conneries. Oh oui, bien sur, nos parties de baises étaient géniales. Se fondre l’un dans l’autre était surement la chose qui me filait le plus d’adrénaline, de puissance, d’assurance. Moi, Bonnie Jane Swallow Blacks, j’avais quelque chose qui me retenait au sol. L’hirondelle embourbée dans le pétrole sur la plage. Je ne volais plus, je cherchais même à piquer droit vers le sol. Ne plus rien sentir, ne plus imaginer la forme d’un être à peine esquissé dans l’espace infini de mon utérus. Putain, Alexander, je te hais. Comment t’as pu prendre possession de toute ma chair, ainsi ? Je t’en veux, à ce moment là précis. Alors que les larmes brûlent mes paupières et le bord de mes yeux, elles veulent sortir. Mais je tiens bon. Cette ultime preuve de ma lâcheté ne devait s’exposer aux yeux profanes de l’autre. Même si c’était Aël. Je revoyais nos deux corps s’emmêler, avec Ethan, et j’imaginais le processus, la course, aux bestioles responsables de la catastrophe. Pourquoi n’y avais-je pas prêté attention plus tôt. Pourquoi ne l’avais-je pas senti ? Pourquoi, quand dans mes cris lancés au ciel, quand son corps dépassait du mien, quand je l’implorais de mettre fin à la souffrance, ne m’étais-je pas rappelée qu’il fallait se protéger. Les soupirs et les caresses sont bien loin, je pensais à lui coller un poing. Un poing magistral, pour lui rappeler ce que l’enfant aurait pu faire à l’intérieur de moi, et lui décrire un dixième de la douleur à laquelle j’allais succomber une fois les cachetons avalés. Ces petites pilules blanches que je connaissais déjà. Bordel. Mais t’es vraiment conne Bonnie. A te croire au dessus de tout et tout le monde. De cracher à la figure de toutes ces pouffiasses incapable de lâcher une phrase sans dire « Geeeeenre… », de lancer des tomates sur l’écran total de la société qui te bouffais la vie. Tu ne sais que te poudrer le nez, abrutie. Tu mérites tous les noms d’oiseaux.

Alors qu’Aël est parti rapidement chercher la solution miracle, j’ai trépigné. Un pas, puis deux, puis un poing déjà en sang éclaté sur le mur. Ma fureur m’empêchait de ressentir la douleur. Mon corps savait qu’il allait affronter bien pire, j’étais déjà anesthésiée. Il fallait que je plane.

Je ne pouvais affronter la torture sans moyen d’évasion. Ma prison et mon exutoire. Mon enfer personnel et mon paradis universel. Alors j’ai attrapé ma seringue dans mon sac, me suis enfermée dans les toilettes et ai rompu une énième fois la promesse de sainteté faite par tous les drogués. Oui, aujourd’hui, j’arrête. Jusqu’à présent j’en avais rien à foutre, la drogue était mon empire, je trônais comme une salope sur un trône de neige, mes sous-fifres étaient des cuillères chauffées à blanc, mes vigiles des putains de gros bangs violacés et cramés par tant d’utilisations répétées, et Ethan était encore là. A me regarder de ses grands yeux hallucinés. Mon sceptre était une aiguille géante. Comme celle que je m’enfonce actuellement dans le bras, loin dans ma veine, se glissant entre mes petites globules d’hémoglobine, et injecter à vitesse grand V le remède à toutes mes souffrances depuis dix putains d’années. Qu’elle était fière, la Bonnie, la petite pute à sa maquerelle la came. Soumise à ces particules toxiques, détruites et gangrénées par la dépendance. Je n’avais plus toutes mes cases, mais jusqu’à présent j’adorais arriver avec ce marteau doré et les briser une par une. Un neurone, deux neurones, regarde comme je détruis ma vie, regarde putain je te dis ! Dans dix ans je suis foutue. L’arme à gauche ! Ethan, ou Tyler ou je ne sais qui, peut-être mon père m’enterrera. Allez savoir. Vous le savez vous, hein ? Quand est-ce-que j’vais finir comme la petite merde dans mon ventre ? Au fond des chiottes ma jolie, tu sais y plonger ta tête de rousse et y gerber tout tes boyaux après tes beuveries. Bientôt ça sera ton corps entier, déversé dans les égouts de la ville, tellement t’es rien. T’es qu’un tas d’immondice ma pauvre chérie. T’es pas foutue d’être normale. Peter des cases, c’est tellement plus drôle de t’enfoncer l’aiguiller à t’en faire gémir de douleur. Tu voudrais tellement te la foutre entre les cuisses pour faire disparaître la vie. Ou immédiatement dans le ventre. Brûles toi. Et tu hurles comme une abrutie quand la flamme du briquet te crame l’intérieur de ta paume ensanglantée. Tu lâches le briquet. Le bruit qu’il fait sur le carrelage te rappelles que t’es vide, que tu n’es et ne fais partie que d’un écho. Tu répercutes ta connerie sur les murs c’est tout. Et t’es trop lâche pour endurer la douleur.

La porte. T’accoures, comme tu peux, t’avances en titubant, t’as failli te casser la gueule en glissant sur le briquet par terre. C’est plus fort que toi, l’énergie de ta colère parle pour ton corps et te fais dévaler la petite distance entre la porte des toilettes et Aël qui pénètre son territoire. La main sur le mur, l’autre sur le ventre, l’aiguille qui pend, que t’attrape et que tu rejettes dans ton sac. T’arrives vers lui, le regard perdu et déjà embrumé par la came. Tu sais très bien qu’il n’a pas ramené que ça. Tu vois bien que son sac ne contient pas que des cachetons quand il le fourgue sur son lit. « Prends. » et tu prends. Comme t’as pris sa queue entre tes reins. « Donne ta main. » Donne ton âme, tu ne peux même plus la vendre au diable, elle ne vaut plus rien.

Assise sur son lit, j’ai attendu. D’un coup sec, comme ça, quand il a appuyé sa main sur mon épaule pour me forcer à me poser, tout est redescendu. J’étais comme hyperactive, incapable de contrôler les mouvements brutaux de mon humeur. La colère qui était si chaude et brulante, si abrasive à l’intérieur de mes boyaux s’est refroidie et s’est transformée en une peur soudaine et expliquée par l’arrivée d’un putain de verre d’eau. J’ai regardé Aël. Je l’ai regardé cinq minutes comme ça, comme si j’implorais Dieu ou Allah de me sauver d’une autre manière. Bien que quelque part ça ne vaut même pas la peine d’essayer, mais je ne voulais pas revivre ça. Alors il a glissé les cachets dans ma main, remarquant la marque de brulure. Tu sais ce que t’as à faire. C’est ce qu’il semblait me dire derrière sa neutralité affichée comme le masque hyposensible et particulier qu’il arborait à toute occasion. Oui, je sais ce que j’ai à faire. Alors j’ai fermé les yeux et j’ai avalé. Comme toutes ces autres fois. Comme y’a deux dans. Comme dans un film j’ai senti glisser les deux petites pilules sur ma langue puis s’échapper comme des traîtresses dans le fond de ma gorge en compagnie du fluide glacé. Tremblante, pâlotte, je savais ce qu’il allait arriver ensuite. « Changes-toi ». Pour sur. Presque médicalement, de manière aseptisée, titubante, la tête dans les vapes, j’ai attrapé le jogging qu’il m’a tendu pour l’enfiler, sans me gêner de quoi que ce soit, ni de ses regards qui n’étaient même peut-être pas là. Sinon qu’aurait-il vu. Une bosse ronde croitre sur la peau tendue et ferme de mon bide ? La chair de poule qui s’installe sur tout mon corps ? L’assurance procurée par la colère complètement disparue et décharnée comme une pute laissée pour morte sur un putain de trottoir dégueulasse, au fond d’une rue encore plus crade de San Francisco. Mais personne ne viendrait l’aider, et je n’irais pas tirer les cheveux de ma rage pour l’afficher encore. Sourde, elle gronde dans mes veines mais se terre par à l’horreur et la flippe qui commençaient à s’organiser en bataillons pour assiéger mon cœur. Je n’avais pas peur du vide, ni de la vitesse. Ni de la mort ou de la solitude. Je n’avais pas peur de l’autre, pas peur des chiens, des canards ou des moustiques. Je n’avais pas peur de tout ça.

La douleur et la vie. Voilà ce qui me faisait trembler, là, debout dans le garage en train de galérer à foutre ce putain de jogging.

Je me sentais laissée pour morte. J’étais la pute de la ruelle dégueulasse, j’avais perdu toute contenance, je n’étais plus que le pantin. Le petit sujet qui danse autour d’une barre de pole dance pour se faire du blé dans la culotte ou le soutif.

Aël m’a filé deux autres cachets. De la morphine. Je pense qu’il savait pertinemment que je venais de me défoncer, l’image terriblement clichée de la jeune camée avec l’aiguille dans le bras lui avait été jouée quelques minutes plus tôt. Mais tant pis. Tout mais pas la douleur. Puis il m’a posée à nouveau sur ce putain de lit dans lequel je suis également passée. Tranquillement, comme si ça avait été un jour normal il a commencé à recoudre les plaies sur ma main. Soigner la brulure à l’intérieur. Calmer le jeu, les yeux dans le vague pour ma part, je laissais tout faire et tout tomber. On aurait pu me rouler dessus avec un car rempli de gosses surexcités, je n’aurais rien senti, rien vu, rien entendu des cris de ces petites bestioles roses. On aurait juste dit Bonnie rentrant d’une soirée de dépravée, qui s’est cassée la gueule et se fait soigner par son pote. Mais non. C’était Bonnie qui attendait l’expulsion de la vie dans son ventre, en train de se faire recoudre les mains qu’elle a éclatées contre le miroir et les murs. Bonnie qui se crame la gueule pour hurler, et ne pas entendre la petite voix traitresse posée au bord de son épaule. Bonnie qui a le corps qui tremble dépossédée de toute ambition. L’héroïne infusée, répandue dans le corps comme un poison agréable mais qui ne sera pas suffisant pour éloigner la douleur dans sa totalité. La rousse qui fait des cocktails entre héro et morphine, qui joue à dieu, joue à la vie et la mort, joue à qui fera une overdose le premier, qui pétera un câble en dernier.

Je ne pensais plus qu’à observer les petites boules se former sur mes bras nus, le froid inscrit à l’intérieur de l’être et gravé sous la peau comme la marque d’un jour maudit. Tout ça n’aurait pas du se passer comme ça. Je ne devrais pas être là à sentir mon corps se crisper sous la tension, sous l’appréhension d’une douleur qui allait très vite venir. Sous la glace, j’étais là, à trembler de froid, en retenant au plus fort que possible les larmes. Je les empêchais de passer le seuil, de ne pas m’achever encore, d’attendre un peu, j’aurais tout le temps de pleurer sur les chiottes dans les prochaines minutes. Je savais très bien comment ça se déroulait et surtout que c’était parfaitement douloureux malgré toutes les prises de médocs possibles. La vie fait mal, dès sa création, son apparition et sa concrétisation sur un putain d’écran de test. La détruire était encore plus délicat. Ça prenait du temps, de la sueur et de la peine, du questionnement et des larmes, des cisaillements dans les boyaux, des rochers sur les cuisses, des entailles entre elles. Un putain de cactus qui s’extirpe de toi, des couteaux qu’on y rentre comme pour te rappeler les coups de reins fatals. Les plaies recousues, j’ai laissé tomber ma main à la verticale. Plus rien ne m’importait. Ethan avait disparu, son sourire, son regard profond marqué par la solitude, la présence d’Aël s’était évaporée. La drogue me permettait de m’extraire de ce monde un moment. D’habitude je pouvais me confondre aux formes terrestres, aujourd’hui j’étais un pic à glace planté dans le sol, rouge à pois vert dans un monde entièrement. Et me planter dans le sol me demandait un effort conséquent. Je crois qu’Aël a articulé quelque chose. Je n’ai pas compris, juste entendu sa voix comme une trame de fond. Ça l’a fait disparaître encore plus et puis, sans comprendre son langage, je pouvais décemment discerner le sujet principal. Tu vas pas accoucher sur mon pieu Bonnie.

C’est ça qu’on dit ? Accoucher ? Expulser ? Anéantir ?
Avorter.

Je me suis levée, et un premier couteau s’est planté dans on estomac. La douleur nouvelle et surtout soudaine m’a forcée à me tendre dans la forme d’un arc, les bras pliés sur mon ventre. Les yeux ouverts à la limite de la déchirure, je me suis rappelée alors. La douleur est pire que celle de mes souvenirs. Le cerveau a la capacité d’occulter le désagréable, il avait soulagé ma conscience d’une partie de ce souvenir en réduisant de moitié la douleur reçue il y’a deux ans. La surprise était plus grande. Joyeux anniversaire, hallelujah. Allez avance.
Quelques pas de plus m’ont suffit à m’approcher de la petite pièce fatale. Lieu de naissance et de mort, de gerbe et de baise. On faisait tout dans ces putains de toilettes, moi la première. Les rails de coke sur la cuvette, ça n’est pas que dans les films, mais ça j’évitais. Trop de microbe. Trop de mecs qui s’y branlent. Trop de meuf qui lâchent la vie d’entre leurs reins. J’ai posé ma main droite sur le mur et, fébrile, ait ouvert cette porte. Passage vers le néant de l’âme, je n’arrivais plus à me déconnecter, sentant les couteaux s’enfoncer peu à peu dans mon estomac. Un sursaut m’a permit de me jeter sur la cuvette, claquer la porte et poser mes fesses blanches. Je voulais en finir. Les yeux plissés à m’en faire mal au crâne, la tête posée contre le mur, je mordais ma lèvre. Tout commençait. C’était maintenant l’heure de sentir le prix de ta faiblesse, de votre connerie.

Qu’as-tu dis ? Faiblesse.
Hélicoptères. Ciel, étoile, immensité, implosion, partialité, ailleurs, lumière. Non. Toilettes, froid, pliure, déchirure. Le carrelage est froid. T’es pliée en deux. Une main sur le mur. Tu las sens passer c’est ça ? Mais non chérie, ça ne se déroule pas comme ça. Ça n’est que le début. Là, maintenant, tu commences tout juste à douiller. Tu le sais. Tu pleures mais tu fermes ta gueule, tu fais saigner ta lèvre pour retenir tes sanglots. Tes ongles crissent sur le mur chaque fois qu’on te plante un couteau dans le bide. Chaque fois que tu te rappelles le monstre qui va en sortir. L’être camée, constitué de cocaïne et de cristal. Une vie gâchée. Une fusion réduite à néant. T’imagines ? Ethan et toi. Deux belles gueules de blasés. Mais tu ne l’aimes pas, pas pour ça. Et lui n’a pas besoin de toi. Et vous êtes des drogués, des saletés de junkie pitoyables. Pour un peu tu voudrais ta jolie tronche pour te faire du blé, pour aller ailleurs, pour que ta seringue t’envoie en l’air, mais c’est trop tard pour aujourd’hui. Actuellement t’es assise, pathétique, courbée en deux, cherchant l’air chaque fois que la douleur revient. Tu sens la vie en boule descendre le long de tes côtes, polluer ton ventre, former une boule abrasive, extrêmement rugueuse et pourtant impalpable. Tu sais que l’autre t’entend gémir chaque fois, même si t’essaies de te retenir. Tu sens la nausée envahir ton être. Tu vois les images d’un gamin superbe entre vous deux. Mais non, ça n’est pas l’avenir que vous vous êtes réservés. Tu ne te souviens pas ? Tu finiras sur le trottoir dans dix ans, battue, et abandonnée par l’être que tu chéris le plus. L’être qui est partiellement fautif de cette catastrophe. Tu détruis les cellules qu’il a créées. Tu avortes de ce qui lui appartient et qui est en toi. Vous qui aimez tant vous accorder dans une symbiose incroyable articulée par la drogue et le sexe. Qu’est-ce-qu’il en penserait, hein Bonnie ? Tu portes ça sur tes épaules qui ne sont pas faites pour ça, trop frêles. Tu sais très bien qu’il te haïrait. Qu’il te tabasserait, de cette violence que tu aimes chez lui, que tu essaies d’apaiser depuis vingt longues années. T’avais dis que tu prendrais soin de lui, et regarde ce que tu fais de la vie qu’il crée. Regarde ce que tu fais de l’être marqueur de votre connexion. Bonnie. Meurtrière. A jamais et pour la deuxième fois la grande gueule qui joue au plus fort, et qui tue. T’es un monstre.

Un cri.
Une criminelle, une merde incroyable, aussi pathétique que tu puisses l’être.
Un sanglot que tu n’arrives pas à étouffer.
La forme indécise, enveloppée d’un fluide visqueux, de sang et d’autres substances dont tu ne connais pas la fonction s’échappe d’entre tes cuisses. Tu sens clairement le passage de l’être inciser ton vagin, glisser contre tes cuisses, c’est douloureux, tu mords ton t-shirt mais les cris que tu pousses sont bien plus forts que ceux que tu émets quand tu jouis. Evidemment. La douleur t’extirpe des sanglots chaotiques, incontrôlés, tu n’arrives plus à respirer, tu cherches l’air. Il y’en a plus, la vie que tu viens de laisser tomber dans les chiottes a tout pris. Elle ne t’a rien laissé puisque tu ne lui a pas accordé une minute de vie, une seconde de consistance. Le sang coule encore entre tes cuisses, tu sens ton corps balancé par de violents tremblements, le torse secoué par l’asphyxie, soulevée, tu balances ton regard dans tous les coins comme si tu pouvais percevoir l’air. T’entends quelqu’un qui toque, mais la porte est fermée. Le souffle coupé, tu soulèves ton t-shirt, tu regardes tes cuisses, tu touches le sang qui s’est répandu partout. T’en as sur les mains maintenant, t’as vu, c’est concret. Tu sais pas quoi faire, là, les douleurs ne se sont pas arrêtées, le sang vient à peine de cesser de s’écouler. Tu attends, encore, reprenant lentement ton souffle, mais ta respiration est irrégulière, et tu pleures.

J’espère, du fond de mon cœur, que les larmes te brulent. Qu’elles tracent des sillons intemporels et infinis sur ta peau, que tu en verras les lacérations dans le miroir tous les matins. J’espère, Bonnie, qu’on te battra à mort, qu’on t’écrasera le visage contre un trottoir, qu’on t’y cassera les dents.

T’as senti le malaise arriver.
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PREGNANCY TEST • Here we stand, like flowers in the cold, wilt and wither. DAY 1 •• Ft. Aël

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