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 I'll take it by your side ※ Jodie & Isle

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date d'arrivée : 01/05/2013
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multicomptes : gunter fuck you ; tyler would like to try
âge : 21 ans
humeur : apeurée

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What about the town ?:
J'ignore tout de la vérité
Pouvoir: thermodynamique (capacité à absorber la chaleur au détriment de l'environnement)


MessageSujet: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Lun 15 Juil - 20:07

i'll take it by your side
Jodie Hobbs + Isle Deschain


Comme à chaque fois, les mots venaient à lui manquer. A chaque fois, Isle se berçait de cette même illusion absurde qu’en venant au cimetière de Caswell, elle allait retrouver sa sœur, pouvoir lui parler, ressentir sa présence et retrouver ce morceau d’elle qu’on lui avait violemment arraché. La jeune femme se heurtait alors au silence assourdissant et le vide se creusait encore un peu. C’était comme revivre la perte de Joanie encore et encore. Elle venait chercher le réconfort, un peu de paix et de répit, et n’était attendu que par le désespoir. Autant ne pas s’embêter à faire le déplacement et rester bien sagement enfermée dans le placard de sa chambre et s’enfoncer une lame chauffée à blanc en pleine poitrine. Ca revenait absolument au même…
Ceci dit, une part d’elle – celle qui continuait de se penser en tout point responsable du sort affreux qu’avait connu sa jumelle – recherchait et chérissait cette souffrance. Sinon pourquoi revenir si régulièrement se confronter à la douleur de la perte de Jo ?

Elle avait commencé à pleurer dès l’instant où elle avait aperçu le muret entourant le cimetière. Sans chercher à essuyer ses larmes, elle avait parqué son vélo dans l’entrée et avait pressé le pas jusqu’à la pierre tombale régulièrement fleurie par sa mère. Alicia parvenait sans peine à parler à Jo. Lorsqu’elles y allaient ensemble, elle l’entendait lui donner des nouvelles de leurs proches et la jeune femme était persuadée que lors de ses visites en solitaire, sa mère s’ouvrait davantage encore. Son père était incapable ne serait-ce que d’approcher le cimetière. Il avait essayé par le passé de les accompagner mais s’était chaque fois effondré, en larmes, bredouillant des excuses et interrogeant les cieux sur l’injustice de ce monde… Bret avait finit par abandonné et ni son épouse ni sa fille n’avaient jamais insisté pour le convaincre de s’y rendre. Alicia se chargeait de remettre son bonjour.
Isle n’arrivait jamais à parler. Elle était capable de venir, pouvait passer des heures prostrée à côté de la tombe de sa sœur, mais elle ne parvenait à rien faire d’autre que s’étrangler avec ses sanglots et coasser comme une imbécile. A quoi bon se perdre en vain mot de toute manière ? Qu’est-ce qu’elle aurait pu dire de toute manière ? Supplier Jo pour qu’elle la pardonne d’avoir été si égoïste ? Lui promettre de la venger ? Lui raconter ce qu’elle avait fait de sa journée, à qui elle avait parlé ?
Non, il n’y avait rien à dire et à vrai dire, c’était peut-être aussi ce qu’elle recherchait. Isle venait se torturer mais elle venait aussi et surtout être enfin elle-même. C’était le seul endroit où elle pouvait enfin n’être plus rien qu’un tas de viande doté d’un cœur encore en état de marche. Rien d’autre que ça. Elle pouvait marcher, parler, manger, danser, rire, et faire un millier d’autres choses encore, oui mais voilà : ça ne l’intéressait pas. Ce qu’elle aurait voulu, c’était être étendue aux côtés de Joanie et laisser le temps faire son œuvre et lui permettre de redevenir poussière. De redevenir entière.

Elle avait pleuré sur tout le chemin la menant à l’allée où avait été enterrée Jo, à l’aube de son neuvième anniversaire. Une portée à sa poitrine sous laquelle s’affolait son cœur, elle s’était avancée avec appréhension sur le chemin entouré d’herbe, les épaules écrasées par le poids de la culpabilité qui la rongeait depuis près de douze ans. Comme souvent, la certitude que sa jumelle la détestait lui serra la gorge et la douleur commença à irradier dans sa poitrine.
Baby était revenu dans sa vie. Baby à cause de qui tout ça était arrivé. Et Joanie le savait. Elle le savait pertinemment et elle les maudissait tous les deux pour ce qu’ils lui avaient fait. Elle avait été trompée par sa propre sœur, par sa moitié, et cette trahison lui avait couté la vie. Qu’est-ce qu’elle aurait bien pu dire pour sa défense ? Il n’y avait rien à dire. Absolument rien à dire.

Isle se laissa tomber près de la tombe, ses yeux trop brouillés par les larmes pour parvenir à déchiffrer les mots gravés en lettre d’or sur la pierre blanche. Elle les connaissait de toute manière par cœur.  
Elle resta là un moment indéfini, attendant d’être punie, désireuse d’être châtiée par l’esprit vengeur de sa sœur. Mais ça n’arriverait pas. Pas parce que les fantômes n’existaient pas, mais parce que c’était ça sa condamnation. C’était de vivre en toute impunité en sachant ce qu’elle avait fait. C’était le silence en elle, l’absence de la main de sa sœur lorsqu’elle la cherchait dans les moments d’angoisse.
Ses mains pâles et tremblantes se refermèrent sur l’herbe fraiche. Elle en arracha quelques brins avant de commencer à enfoncer ses doigts dans la terre sans y penser. Si elle s’était laissée aller, Isle aurait commencé à creuser. Creuser jusqu’à atteindre la tombe de sa sœur et se laisser mourir à ses côtés. Mais elle ne pouvait pas se le permettre. Elle devait faire pénitence et vivre était le seul moyen à sa disposition. Et puis il y avait ses parents…

Ses sanglots redoublèrent. Son père était en train de mourir. Bientôt, c’était lui qui rejoindrait Joanie. Et puis viendrait certainement le tour de sa mère et Isle serait condamnée à les voir tous l’abandonner comme elle avait abandonné sa propre jumelle ce jour là. Ils allaient tous finir sous terre pendant qu’elle resterait à l'air libre, capable de respirer, de manger, de danser, de faire des rencontres. Condamnée à vivre.  
Cette pensée l’angoissait plus que n’importe quelle autre. Le souffle commençait à lui manquer tandis qu’elle hoquetait lamentablement, les joues barbouillées de larmes brûlantes. Elle essaya de déglutir et de se reprendre et réalisa alors qu’elle n’arrivait plus à respirer. Sa poitrine s’était faite de plus en plus douloureuse. La lame faisait son effet, s’agitait en elle, brûlait tout sur son passage. Lentement mais sûrement, elle se frayait un chemin et lui déchirait les entrailles.
Et Isle était intimement convaincue que c’était la main fantomatique de Joanie qui tenait son manche… Sa soeur était en train de la tuer, lentement mais sûrement. Trop lentement.
FICHE PAR STILLNOTGINGER.


Et moi l'étrange paumée fiancée à l'enténèbrement

Qui n'a connu douleur immense, n'aura qu'un aperçu du temps ; l'aiguille lente qu'il neige ou vente. Qui n'a perdu ne sait la peine ; ni Dieu, ni haine, s'en fout. Et moi pourquoi j'existe quand l'autre dit "je meurs" ? Pourquoi plus rien n'agite ton coeur ?


Dernière édition par Isle E. Deschain le Dim 28 Juil - 14:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Sam 27 Juil - 13:16

Il y avait toujours mieux que le cimetière pour s'aérer l'esprit, convenons-en. Cependant, Jodie aimait à y passer, histoire de vérifier que sa mère était toujours morte et enterrée, quitte à la faire rerentrer dans son trou à coup de pelles si l'envie lui prenait de jouer les zombies. Même morte, la mégère serait capable de lui pourrir la vie, et la jeune femme avait appris à ne pas la sous estimer. Un peu par hasard, non en fait pas du tout par hasard, Jodie passa devant la tombe de la mère de Iouri. Elle se souvenait peu de celle ci, de son vivant, cela ne l'empêcha pas d'y déposer des fleurs dans un mouvement rapide, un peu gauche, celui de quelqu'un n'étant pas sûr de ses actions. Elle regarda nerveusement la pierre tobale, le nom gravé, les dates, hésita à partir tout de suite puis se décida à parler.

 « Vous inquiétez pas, votre fils va bien. Il boit son lait, mange ses légumes et est gentil. Je crois que ça ira, au moins pour le moment. »

Génufléxion, signe de croix, vieux souvenir d'église et de messe, et enfin la jeune femme retourna dans les allés du cimetière. Elle n'avait rien à déposer pour sa mère à elle, tant mieux. Offrir des choses, en réalité Jodie détestait plus que tout. A chaque fois, elle se sentait en position de faiblesse, convaincue d'avoir tout mal fait, tout raté. On pouvait la prendre pour une personne égoïste -bien que le peu de contacts qu'elle ait avec autrui empêchait la formation d'amitiés- en réalité elle était juste maladroite. Maladroite, triste et distante. Elle baladait son enveloppe charnelle dans une mélancolie continuelle accompagnée de solitude. Jodie ne s'y complaisait pas pour autant, cela était juste la manière dont la vie l'avait modelé, avec ses trahisons et ses pertes d'espoirs. Elle n'irait cependant jamais pleurnicher devant la télé avec un pot de glace king size entre les mains. Sa méthode consistait plutôt à se détâcher encore plus d'elle même par la lecture, avec les sentiments de personnages fictifs d'encres et de papiers. Quelques camarades à l'université, lorsqu'elle était encore étudiante, seule et sans attache, lui avaient conseillé la visite d'un psy. Pas par méchanceté, évidemment, Jodie savait évidemment ce en quoi consistait le métier d'un psychologue, mais elle n'y avait pas donné suite, incapable de décider ce qu'une telle chose pourrait lui rapporter. Plus tard, elle en reparlerait avec son professeur et amant, sans pour autant qu'il ne puisse lui apporter de réponses lui aussi.

Aujourd'hui elle hébergeait un ex détenu chez elle, l'obligeant parfois à parler de ses peurs et de ses traumatismes de prison pour qu'il ne lui pourrisse pas la vie par effet domino. Lui aussi il la faisait parler, parce qu'il savait ce qu'elle cachait et, elle s'en rendait bien compte, essayait de prendre soin d'elle. A bien y réfléchir, Jodie s'en sortait plutôt bien, elle ne se plaignait pas. Après tout, il fallait rester décent, non ?
La tombe de sa mère l'observait, la jeune femme imaginait un œil froid et immobile, capable de la voir depuis le granit de la stèle sans pour autant être vu en retour, et toute une série de murmures courant sous terre en des milliers de reproches et d'insultes. Sa peau se hérissa sur son bras : chair de poule. Non loin d'elle, une jeune fille pleurait ses propres morts. Isle. Jodie la croisait souvent ici, leurs échanges se limitaient à des salutations polies mais sincères, chacune d'elles n'ayant aucune raison de vouloir le mal de l'autre.
Isle semblait mal aller, Jodie enregistra l'information dans un coin de son cerveau juste avant de se figer complètement : en plus de la silhouette frêle d'Isle se dressait une ombre prêt à tuer la jeune femme. Un brouillard de larmes et d'argent, comme une promesse non tenue ou une absence que l'on n'arrive plus à supporter. Et des doigts, oh des doigts dont chacun des mouvements se révélaient un requiem sur la gorge pâme d'Isle car partout autour flottait le parfum de la mort. Celle passée, celle à venir, celle que l'on ne pouvait comprendre.
Jodie sentit les larmes lui monter aux yeux, par mimétisme. Parce que pour un instant, cette peur devint la sienne, celle d'un esprit en colère, celle de la mort, celle de la solitude que laisse la mort, des choses que la jeune femme ne comprenait pas vraiment, étrangère à cette vie qui n'était pas la sienne, mais pur un temps seulement s'insinua sous sa peau aussi sournoisement que des vers dévoreurs de cadavres.

Avec brusquerie, Jodie attrapa le poignet d'Isle, les pupilles dilatées, le corps tremblant. Elle sentait le fantôme, la peur d'Isle, tout près d'elle et cela la terrorisait. Pragmatique et terre à terre, la jeune femme craignait cependant les histoires de spectres et pouvait fondre en larmes devant des films de ce genre à la télé, bien qu'elle sache complètement que de telles choses n'existaient pas dans la vie réelle.

 « Calmez-vous, je vous en prie ! »

Malgré le ton pressant, sa voix était peu élevée, comme si le moindre cri eu pu les condamner toutes deux. Elle déglutit, la gorge sèche, essayant de se ressaisir, de respirer, de montrer à Isle comment respirer par de grandes inspirations.

 « Tout va bien... vous voulez un sucre ? Tenez, mangez... j'ai des bonbons à la menthe aussi »

De son sac à main – un tout petit objet dans lequel se battaient en duel dans l'espace confiné un livre de poche, une bouteille d'eau et un énorme trousseau de clé, Jodie sorti un emballage de sucre, le déballa et le plaça d'autorité dans la bouche de la jeune fille. Elle la prit ensuite par le bras et la força à s'asseoir par terre, malgré la poussière, le temps qu'elle reprenne ses esprits.

 « Vous voulez que j'appelle quelqu'un, que je vous raccompagne ? »

Elle même restait secouée de tremblements nerveux, brûlant de retrouver son chez soi, son lit et l'obscurité rassurante. Et puis Jodie savait très bien que si elle rentrait bouleversée, Iouri s'inquiéterait et lui préparerait une boisson chaude et de quoi manger, chose qu'elle appréciait, se faire chouchouter.
Est-ce qu'Isle disposait par contre de quelqu'un pour prendre soin d'elle ? La négative serait fâcheuse, mais pas le problème de Jodie cependant. Elle acceptait de lui porter secours, mais jusqu'à un certain point seulement, trop serait nocif, et puis qui serait assez nocif et idéaliste pour prendre soin d'une inconnue en plein malaise dans un cimetière, plus que de raison ?

 « respirez, ne vous énervez pas ... »

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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Dim 28 Juil - 15:01

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Jodie Hobbs + Isle Deschain


Elle essayait de se défendre, s’acharnait bec et ongles à grappiller un peu d’oxygène. Isle n’en voulait pas mais son corps luttait contre son propre esprit pour faire pénétrer à tout prix l’air dans l’étroit passage qui demeurait ouvert dans sa gorge en feu. Mais c’était sa poitrine qui la faisait le plus souffrir. Son cœur. La douleur venait de là et irradiait partout dans ses muscles pendant qu’elle s’étouffait avec ses propres sanglots et que des larmes brûlantes coulaient librement sur ses joues blafardes.
Et pendant qu’elle perdait pied et cédait à la panique, malgré les carillons dans ses oreilles qui inondaient son cerveau, la jeune femme pouvait discerner très nettement la voix fluette et rieuse de sa jumelle. Sa voix mesquine qui l’accusait d’être responsable et d’être prête à la tuer une fois encore pour obtenir un peu d’air. Le pire étant qu’Isle ne pouvait pas lui donner tort. Si elle le pouvait, à cet instant, elle la dépouillerait probablement de son souffle pour se l’approprier.
« Comme tu l’as fait avec maman l’autre fois dans la voiture. Tu voulais voler son air. Tu voulais voler sa vie. Tu n’es qu’une petite salope Isle. Une sale pute ! »
Elle voulut hurler lorsqu’elle sentit la main de sa sœur se refermer sur son poignet, mais son manque de souffle l’en empêcha et sa bouche s’ouvrit sur un silence angoissé. Les yeux comme des soucoupes, elle resta hébétée et continua de se débattre, essayant d’échapper à l’emprise implacable du fantôme de sa sœur. Elle martela le sol de ses pieds pour tenter de s’éloigner de la tombe et de la silhouette fantomatique qui était apparue dans son champ de vison troublé, incapable de réfléchir à ce qu’elle faisait, agissant par pur instinct.
Mais quelque chose n’allait pas, ne collait pas. Il lui fallut un moment pour s’en rendre compte et comprendre de quoi il s’agissait. La silhouette était trop haute pour être celle d’une petite fille sauvagement assassinée à l’âge de huit ans et la main refermée sur son poignet fin trop grande puisqu’elle était capable d’en faire le tour. Et puis il y avait les cheveux, qui n’avait rien à voir avec ceux de Joanie, aussi vif que les siens.  
Ce n’était pas Joanie. Jo n’était pas en train d’essayer de l’emporter où que ce soit ou de la torturer.

Isle porta une main tremblante à son visage d’une inquiétante pâleur parsemé de tâches de rousseur. Elle laissa échapper un couinement étranglé douloureux et essuya sommairement ses yeux clairs et rougis par les larmes pour y voir plus clair. Le poids sur sa poitrine sembla peu à peu s’envoler et, sans en avoir conscience, elle se mit à imiter la femme qui lui faisait face et respirait profondément. Finalement, ce n’était pas si difficile d’y parvenir et elle parvint à réguler son souffle. Pas encore vraiment son rythme cardiaque qui continuait d’être irrégulier et puissant dans sa poitrine encore source de souffrances.  
La femme lui posa des questions qu’elle n’entendit pas vraiment. Isle essaya bien de se concentrer sur ses lèvres qui s’agitaient, mais tout ce à quoi elle pouvait penser, c’était au fait qu’elle était encore vivante. Encore et toujours vivante, capable de respirer, pas encore de se mettre debout mais bientôt, ce serait le cas. Et alors elle serait libre de reprendre le chemin de son foyer quand sa sœur, elle était condamnée à rester dans une boite sous terre, seule dans l’obscurité, le froid et l’humidité. Elle, elle pourrait retrouver ses parents ou du moins, ce qui  restait d’eux. Ce qu’ils n’avaient pas laissé tomber dans le cercueil de Joanie pour l’enterrer définitivement avec elle. Ils n’étaient plus que l’ombre inquiétante d’eux-mêmes. Des pantins émotionnellement désarticulés qui s’agitaient par un quelconque prodige. Tout comme elle.

Lorsqu’elle eut un peu mieux reprit ses esprits, après un temps indéfini, tremblante comme une feuille morte sous le vent (en tout cas, c’était l’effet qu’elle se faisait : celle d’être une ridicule feuille ballotée par la vie), la jeune femme remonta ses genoux devant elle. L’effort l’obligea à puiser dans ses dernières réserves de force. Epuisée, elle entoura ses jambes menues de ses bras et continua de fixer son interlocutrice. Elle était trop fatiguée, trop émotionnée pour se remettre à pleurer pour le moment, et se contenta donc de soutenir le regard de la brune avec hébétude tout en continuant de mâchonner le sucre. Elle le lui avait mis en bouche de force et Isle était loin d’apprécier sa saveur. Sa langue la picotait en plus de cela et sa mâchoire lui donnait l’impression d’être inefficace et trop molle face au sucre qui lui donnait plutôt l’impression d’être un morceau de béton…
« Je vous connais » parvint-elle finalement à coasser d’une voix cassée, portant à peine plus haut qu’un murmure. Elle s’en était rendu compte il y a seulement un instant et n’avait pas su retenir les mots qui avait jaillis tout seul. « Je vous vois parfois ici… Vous…vous venez pour… Je suis désolée, j’ai…j’ai cru que… J’ai cru que j’étouffais. »
J’ai cru que ma sœur défunte était en train de me tuer, voilà ce qu’elle avait failli dire. Un frisson la parcourut et elle ferma les yeux une seconde.
 
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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Ven 6 Sep - 12:17

La jeune fille n'avait répondu à aucune de ses questions, sans doute en état de choc. Cela énerva Jodie, stressée elle aussi. C'était comme avec ses élèves, expliquer plusieurs fois de suite la même chose pour un groupe d'enfants ne faisant pas l'effort de comprendre, l'épuisait et l'énervait. Elle ne répéta rien, se contentant de légèrement hausser les épaules lorsque Isle lui dit la reconnaître.
Oui elle venait souvent ici, et alors ? Jodie ne releva pas non plus la dernère phrase, ayant eu le déplaisir de saisir de manière plus ou moins indistincte la peur de l'autre fille, avec ce fantôme prêt à la tuer. Ce fantôme qui n'existait pas, si ce n'est sous forme de regrets.

 « Arrêtez de venir ici si vous ne supportez pas l'endroit. C'est juste un cimetière.... »

Et elle, pourquoi continuait-elle de venir également ? Bah, on ne change pas les habitudes, pas vrai ? Puisque Isle semblait aller mieux, Jodie se releva, épousstant les pans de son manteau ainsi que le tissu de son pantalon, blanc de poussière en raison des graviers. Elle devait avoir fière allure ainsi, à moitié souillon comme ça....
Remarque, pas comme si elle ait eu une quelconque allure d'habitude. Un vol de corneilles passa soudain, lui donnant un pincement au cœur. C'était la ville, l'envie de partir, mais le cimetière n'était-ce pas déjà un point d'attache de trop ?
Les fantômes n'existaient pas, lorsqu'un mort n'a pas sa tombe visitée, il n'a aucun moyen de le savoir. Elle non plus, elle n'avait pas à venir...

 « Je devrais faire ça aussi, arrêter de me prendre la tête et trouver une occupation plus saine... »

Sans compter que pleurer n'était pas bon pour le teint. Iouri ne disait rien lorsque la jeune femme s'aventurait du côté du cimetière, cependant il se montrait beaucoup plus précuationneux par la suite, comme si un rien pouvait la briser. Qu'un inconnu puisse sentir son malaise ainsi, cela avait quelque chose de dérangeant. Peut-être qu'un jour, Jodie ferait comme Isle et s'effondrerait elle aussi ? Sauf que bon, peu de chances qu'on la ramasse, c'était le risque.

 « Rentre chez vous, mangez du chocolat, buvez un thé... Les morts s'en foutent bien qu'on les pleure. Au final, on parvient juste à se rendre malade nous même »

Non, la brune n'avait pas vraiment le souper-pouvoir d'empathie. De nouveau elle haussa les épaules, mal à l'aise malgré tout. Les contacts humains Jodie détestait et il restait dans sa bouche cet arrière goût de bile et de surnaturel qui ne lui plaisait pas du tout.
Ils avaient assez à faire sans que des fantômes viennent s'en mêler, bon sang...

 « Qui veniez vous voir.. une femme, pas vrai ? »

L'histoire des autres, Jodie ne la connaissait pas. Peu intégrée dans la ville, et ce depuis son enfance, elle était ainsi encore plus transparente qu'un film plastique. Génial, hein ? Elle savait que la bourgade comprenait un nombe incroyable de scandales, meurtres et autres, mais pas à qui ils se rapportaient, ni pourquoi.
Son monde se réduisait à sa maison, le cimetière, le supermarché et la boulangerie quand elle avait envie de sucre.
Inutile de dire que Jodie étouffait et suffoquait dans sa propre incapacité d'agir. Mais bon, c'était sa faute, son péché comm on dit... ou comme on ne dit pas !

Misère, elle voulait partir, ne juste plus parler à personne et se rouler en boule dans son lit en espérant que le mal être cesse un jour. Tu parles, ça cesse jamais ces choses là, mais devoir... devoir quoi ? Simplement voir quequ'un, être à l'extérieur ? Oh devoir trop de choses, elle ne voulait pas, et sa propre peur menaçait d'encore pouvoir prendre le contrôle. Iouri le lui avait dit, si elle se sentait trop mal, elle l'appelait et il viendrait la chercher. Mais ce serait le déranger, pas vrai ? Ils n'étaient même pas amis, ils n'étaient rien.

 « Excusez-moi, mon tour de me sentir mal »

Oh dieu, oh dieu...
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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Dim 8 Sep - 11:10

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Pour être tout à fait honnête, bien qu’elle passait le plus clair de son temps à souhaiter repousser l’aide des autres et ne pas les déranger, Isle fut blessée de voir la femme changer d’attitude avec elle et se montrer si… froide. Si son ton restait courtois, les mots qu’elle choisissait paraissaient durs, cassants à la jeune femme qui devait les recevoir. Mais comme à son habitude, elle laissa rapidement sa vexation se transformer en simple et familière culpabilité. Car la brune avait raison : pourquoi venir se risquer à fréquenter la tombe de Joanie si c’était pour se mettre dans des états pareils et devenir un poids pour une parfaite étrangère venue elle aussi se recueillir ? Comme toujours, elle imposait son chagrin au restant du monde, faisant fi de leurs sentiments à eux et par là preuve d’un égoïsme sans borne. Peut-être qu’il était plus que temps pour elle de cesser de revenir se confronter si souvent à sa propre culpabilité, matérialisée par la tombe de sa sœur. Avait-elle réellement besoin de ce totem de toute manière pour se laisser ronger par les affres du remord ? Non. Assurément non.
Isle se mordilla nerveusement la lèvre, essayant de refouler le nouveau flot de larmes qui venaient picoter ses yeux déjà bouffis et rougis par les précédentes. Elle se sentait terriblement idiote et mesquine de venir réveiller les souffrances de cette femme qu’elle n’avait toujours faite que croiser. Une femme qui ne lui devait rien et se retrouver mêlée à une affaire qui ne la concernait pas et dont elle n’avait certainement pas besoin… La voilà qui était à présent en train de remettre en question sa propre présence en ces lieux.  

« Rentrez chez vous, mangez du chocolat, buvez un thé... Les morts s'en foutent bien qu'on les pleure. Au final, on parvient juste à se rendre malade nous même »
Les yeux d’Isle s’écarquillèrent sous la surprise et la violence de ces propos. Elle avait déjà entendu des gens parler de cette manière mais chaque fois, ces remarques la heurtaient de plein fouet. Elle trouvait ça non seulement irrespectueux mais également dangereux. Parce que sa morte à elle ne s’en moquait pas, elle se délectait de ses larmes, au contraire et veillait toujours… C’était affreux de penser à Joanie de cette manière, mais c’était ce que le fantôme de sa jumelle était devenu pour Isle : un monstre avide de sa souffrance, toujours terriblement affamé et qui l’attendait de pieds fermes en Enfer pour la dévorer encore et encore. Elle ne pouvait parler de ça à personne. Elle était censée pleurer la douce et innocente Jo comme tout le monde. Jamais elle ne pourrait reconnaître qu’à ses yeux, sa jumelle n’avait plus rien d’une âme innocente et s’était transformée en une entité maléfique ne souhaitant plus que son malheur et dévorée par la vengeance comme elle-même se laissait happer par la culpabilité.
La rouquine renifla peu discrètement, essayant de se justifier sans parvenir à trouver les mots justes. Elle était de toute manière persuadée qu’elle s’étoufferait avec les premiers mots qui tenteraient de s’échapper de sa gorge serrée au point d’être douloureuse. Elle se contenta donc de fixer son interlocutrice et sauveuse de ses grands yeux de poupée, jusqu’à ce que la femme en vienne à s’excuser.
Rassemblant son courage, la plus jeune se racla la gorge, renifla une dernière fois et tâcha de se ressaisir.

« C’est moi qui suis désolée de m’être… donnée en spectacle de cette manière » parvint-elle à articuler. Isle s’essaya ensuite à sourire mais ne parvint qu’à adresser une grimace peu crédible à sa compagne avant de renoncer et d’enchainer. « Je suis désolée si je vous ai fait peur ou si je vous ai…dérangée dans votre recueillement. C’est bien la dernière chose que je voulais… Peut-être que vous avez raison et que je devrai…au moins éviter de venir ici toute seule. »
Elle savait pourtant qu’elle n’en ferait rien. Elle continuerait à venir se torturer dans ce cimetière qui n’était peut-être que ça au fond, comme le disait la femme.  
« Peut-être…peut-être que nous devrions sortir toutes les deux » proposa Isle en entreprenant de se remettre debout pour mettre son idée à exécution.  
Elle continuait d’avoir l’impression d’étouffer ici et, d’après ses dires, la brune n’était pas en reste. Isle n’avait aucune envie de se retrouver seule dans l’immédiat et plus franchement envie de s’attarder ici non plus. Elle s’en voulait également d’avoir perturbée l’inconnue et tenait à lui rendre la monnaie de sa pièce d’une manière ou d’une autre.
« Je crois qu’un chocolat chaud nous ferait du bien autant à l’une qu’à l’autre… »  
Ce n’était pas une invitation à aller boire un thé en ville ou chez l’une ou l’autre, juste une autre manière de la convaincre de la suivre à l’extérieur. Cette fois, le sourire de la jeune femme, bien qu’encore un peu timide, fut plus assuré que le précédent.    
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Qui n'a connu douleur immense, n'aura qu'un aperçu du temps ; l'aiguille lente qu'il neige ou vente. Qui n'a perdu ne sait la peine ; ni Dieu, ni haine, s'en fout. Et moi pourquoi j'existe quand l'autre dit "je meurs" ? Pourquoi plus rien n'agite ton coeur ?


Dernière édition par Isle E. Deschain le Mar 1 Oct - 18:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Mar 1 Oct - 13:28

 « Un chocolat ? » La jeune femme secoua la tête, l'idée même de la boisson lourde et sucrée l'écoeurait. Néanmoins, elle comprenait l'idée d'Isle : trouver un but pour partir d'ici, se rattacher à autre chose qu'au cimetière, aux pierres tombales. La jeune fille semblait bel et bien secouée, autant pas sa récente mésaventure que par le simple fait de parler à Jodie, chose qui ne toucha pas plus que cela son aînée.
Cela faisait longtemps qu'elle s'était construite une armure d'indifférence face aux autres, afin de ne pas succomber. Et si doucement s'en allait le jour lorsque les étoiles brillent, qu'elles brilleront toujours. La jeune femme posa finalement une main lasse sur l'épaule de sa cadette, c'était tout ce qu'elle pouvait faire, donner un peu de sa présence.

 « Oui, allez donc boire et manger un peu... »

Et elle, qu'allait-elle faire ? Jodie sentait ce vide en elle s'ouvrir à nouveau sans jamais l'engloutir pourtant. Il était juste là, béant, tuant son envie de faire quoi que ce soit. Elle soupira depuis un silence de cahédrale, les yeux sombre, le cœur ailleurs et, ainsi que marchent les fantômes, avança hors du cimetière avec Isle.
Une dernière fois malgré tout, Jodie se retourna. Il n'y avait personne pour lui rendre son regard depuis la froideur des tombes et du reccueillement. Un sourire lui tordit les lèvres : des peurs d'enfants. Ils avaient le droit d'être vivant.

 « On oublie souvent que nous ne vivons pas pour pleurer nos absents.....

Petit à petit, la brune retrouvait son ton docte de professeur, celui dans lequel elle se réfugiait pour ne pas avoir à se montrer humaine plus que de raison. Les paroles sans but, Jodie n'avait jamais aimé cela, elle préférait toujours y trouver poésie et symbolique pour les joies d'une analyse à partager avec autrui. Une des nombreuses raisons pour lesquelles elle ne trouvait que peu d'interlocuteurs.

« Et puis on a bien plus de jolis mots pour la mort que pour la vie. Il n'y a qu'à voir Shakespeare dans Cymbeline : il nous exhorte à ne plus avoi peur ni du soleil brûlant, ni des hivers furieux, puique la mort nous délivre de tout cela. Il a raison, d'un certain côté, la mort apporte tout autant l'oubli que le repos, la mort c'est arrêter de fuir et de courir enfin.... »

Un sourire, le vide qui disparaît un peu : parler mots et littérature l'avait toujours apaisée, même si Jodie trouvait peu d'interlocuteur. Il était étrange de voir soudain une certaine douceur à son visage, comme si derrière le masque de tristesse, perçait enfin une femme capable de jeunesse.

 « Même les amants doivent mourir.... Et les fantômes au fond, pourquoi viendraient-ils ? Ils ont enfin la paix... Nous imaginons trop de choses. Nous ne sommes pas assez importants pour eux, la hantise est juste un orgueil mal placé.»

Un haussement d'épaules, une petite étincelle dans les yeux, et puis sa voix s'éteignit soudain : pourquoi tu parles, idiote ? Tu énerves tout le monde. De nouveau la tristesse, de nouveau la muraille que nul ne pouvait escalader.
Elle secoua la tête comme elle en avait touours eu l'habitude, n'était-ce d'ailleurs pas un mouvement d'âne bâté ?
Autour d'elles, la ville restait immuable, indfférente à leur malaise à toutes les deux. Isle était jeune, elle avait encore bien des mois de mai à porter sur ses joues avant que l'hiver ne s'installe définitivement en elle. Non, pour son bien, Jodie ne pensait pas qu'Isle ait à revenir. Il en était de même d'elle, peut-être... Après tout, la brume avait bien assez de raisons comme cela d'être triste sans pour autant en rajouter par un deuil hypocrite, non ?
Avec autant de force qu'elle le put, et cela lui faisat mal de chercher si loin, mais qu'est-ce qui ne blessait pas, hein ?

 « Nous avons de la chance, on a peut être failli s'évanouir à deux dans ce satané cimetière, mais au moins il ne pleut pas »
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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Mar 1 Oct - 19:54

i'll take it by your side
Jodie Hobbs + Isle Deschain


Isle nota immédiatement l’utilisation du « vous » qui excluait la brune de ce plan d’aller boire ou manger quelque chose pour se remettre de leurs émotions. Elle en fut un peu affectée et se cru même sur le point de recommencer à pleurer, mais elle parvint à se contenir. La perspective de se trouver à nouveau ne l’enchantait absolument pas mais elle n’avait jamais non plus été du genre à imposer sa présence à qui que ce soit. Après tout, cette femme s’était déjà montré d’un grand secours et elle ne voulait en aucun cas abuser de sa sympathie. Mais si elle pouvait grappiller une ou deux minutes de sa présence.  
Dans le pire des cas, il lui suffirait de passer un coup de téléphone à Aël ou Jay pour que l’un d’eux vienne la récupérer en voiture ou moto et lui tenir un peu compagnie. En réalité, cette perspective non plus n’était pas vraiment pour lui plaire et la rouquine savait à l’avance que si elle se trouvait auprès d’eux, elle craquerait encore. Au moins devant une parfaite étrangère, elle devait faire un minimum attention à se maitriser. Surtout après la manière dont elle s’était donnée en spectacle précédemment…
Pour éviter une rechute intempestive, la jeune femme s’arma donc de courage pour ne pas imiter sa camarade et poser une dernière fois son regard encore rougit par les larmes en direction du cimetière. Elle n’aimait pas quitter Joanie de cette manière si brusque, mais se retourner et reprendre sa marche après un dernier coup d’œil aurait certainement été au-dessus de ses forces.

« On oublie souvent que nous ne vivons pas pour pleurer nos absents… Et puis on a bien plus de jolis mots pour la mort que pour la vie. Il n'y a qu'à voir Shakespeare  dans Cymbeline : il nous exhorte à ne plus avoir peur ni du soleil brûlant, ni des hivers furieux, puisque la mort nous délivre de tout cela. Il a raison, d'un certain côté, la mort apporte tout autant l'oubli que le repos, la mort c'est arrêter de fuir et de courir enfin... »
Arrêter de fuir… Avoir droit au repos éternel et à la paix dans l’oubli… Isle aspirait elle-même à toutes ces choses, sans jamais croire qu’elle y avait droit. Elle ne méritait pas d’oublier ce qui s’était passé et quelles conséquences ses actes avaient eu sur la vie de sa propre jumelle et les répercussions sur celles de l’entièreté de sa famille endeuillée et à jamais défigurée.
Elle se laissa une fois encore absorbée par ses propres pensées, négligent un peu la femme qui s’éloignait à ses côtés du cimetière. Isle n’avait aucune idée de l’endroit où elles se dirigeaient, tout ce qu’elle savait, c’était que plus elle s’éloignait, plus le poids sur sa poitrine semblait devenir moins imposant. Mais il subsisterait toujours. On ne se débarrassait pas si facilement de ce genre de culpabilité…  
La brune se rappela à elle en secouant sa tête dans son champ de vision. La rousse se reconnecta donc à la conversation et adressa un sourire timide à son interlocutrice, espérant ne pas être trop à côté. Ceci dit, après la crise qu’elle venait de faire, l’autre n’allait certainement pas se formaliser pour ça. Elle devait déjà la prendre pour une imbécile un peu étrange.

« Nous avons de la chance, on a peut être failli s'évanouir à deux dans ce satané cimetière, mais au moins il ne pleut pas »
Le moins que l’on pouvait dire de cette femme, c’était qu’elle avait le sens du pragmatisme… Elle aussi apparaissait comme un peu étrange à la jeune femme mais c’était toujours indéniablement mieux qu’être seule à cette minute.
« Oui, effectivement, c’est toujours ça de pris » lui sourit-elle en se sentant rougir un peu.
Isle n’était pas très à l’aise. Pas à cause de l’attitude de la femme en elle-même, mais parce que l’étudiante n’était jamais à l’aise en société et pour faire la conversation. Surtout à de parfaits inconnus… Mais si elle ne voulait pas se voir abandonner trop vite, il allait falloir qu’elle brode au moins un minimum.  
« Alors comme ça vous appréciez Shakespeare ? » demanda la jeune femme après s’être plus ou moins discrètement raclée la gorge. « J’ai lu quelques unes de ses œuvres. J’ai particulièrement aimé The Tempest… Vous l’avez déjà lu ? »
Pour sa part, la jeune femme ne l'avait pas simplement lu, elle l'avait dévoré encore et encore, jusqu'à être obligée d'en racheter un exemplaire...
« Au-au fait, je m’appelle Isle. Isle Deschain »
Là-dessus, elle lui tendit une main encore un peu tremblotante vers la brune près d'elle, s'immobilisant pour faciliter leurs échanges.

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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Mer 23 Oct - 20:46

Si elle aimait Shakespeare ? Jodie soupira à la question, se remémorant tous ses cours sur le Barde, la lecture des pièces, celle des sonnets.... En tant que professeur elle avait eu l'occasion d'évoquer l'auteur deux ou trois fois, mais jamais vraiment profondément. La jeune femme l'avait surtout étudié en étant encore élève et en retenait des textes qui faisaient plaisir à analyser.

 « The Tempest ? Oui.. Alors quoi, était-ce Caliban au cimetière ? »

Pour sa part, la brune portait une attention toute particulière à Richard III dont les tourments psychologiques la fascinaient. On lui avait expliqué que la mauvaise réputation du monarque -plus ou moins infondée- tenait en grande partie de cette pièce. Il y avait eu Henry aussi, le fougueux prince Hal prêt à devenir Henry IV pour un peu qu'on lui en laisse la chance. Comment ne pas aimer chacun des personnages présents dans les pièces, comment ne pas se prendre au jeu de leurs haines et de leurs amours ?
Et la beauté des mots aussi, plus personne ne pouvait parler ou écrire comme cela. A la place, ne restait que des poètes de pacotilles aux phrases surchargées, servant des romances de gare dans des livres hors de prix.
Les mots, ceux pour faire mal, tuer, blesser... Evidemment Jodie repensa à sa mère, à toutes les insultes lancées, à sa propre envie de ne plus exister. Isle semblait être une brave fille, mais la jeune femme voulait-elle passer encore un peu plus de temps en sa compagnie malgré tout ? Non, elle avait peur, elle était terrorisée même si rien ne se voyait derrière son visage impassible. Les mots de sa mère, trop durs, trop haineux : il n'y a personne pour s'intéresser à toi, tu n'as aucune valeur. J'aurai mieux préférer avoir une autre fille...

Plus pâle, plus tremblante, Jodie serra la main tendue d'Isle. Comme à chaque fois que quelqu'un tentait vers elle une approche amicale, Jodie cherchait la moquerie derrière, la trahison, l'abandon. Quelque chose dont elle ne parvenait pas à guérir, même avec l'amitié brusque de Iouri et les soins que l'homme lui apportait. Lui aussi, elle attendait de voir quand il la trahirait, quand il partirait. Il y avait peut être un peu trop de tristesse d'un coup dans ses yeux, non plus pour la mort mais pour la vie en général.

 « Shakespeare fascine encore aujourd'hui. J'admire ses romances, Benedict et Béatrice par exemple... Ou sa mégère apprivoisée. Les femmes qu'il fait aimer ne sont pas parfaites, et pourtant elles séduisent et fascinent. Enfin, je ne vais pas vous ennuyer davantage... »

Lasse, épuisée soudain, Jodie secoua la tête. Il ne lui venait pas du tout à l'esprit qu'Isle pouvait avoir envie de parler encore ou bien que son comportement pouvait être jugé comme rude, impoli. A vrai dire, la jeune femme s'en fichait bien, ayant trop à combattre avec ses propres démons. Parfois il était tellement difficile de ne pas tout abandonner pour se jeter du haut d'une falaise, surtout dans une ville comme celle-ci.

Elle voulait rentrer chez elle, se couper du monde et oublier, simplement avec un livre, un peu de musique aussi peut être. Oublier qu'elle n'était pas heureuse, qu'elle avait peur de tout et mourait de solitude pourtant. Qu'elle voulait juste avoir des gens près d'elle, comme tout un chacun, mais craignait sans cesse de faire quelque chose de mal.

Inutile, lui susurrait le fantôme de sa mère, bonne à rien...

 « Vous pourrez rentrer seule ? »

Elle avait envie de pleurer comme cela, sans raison. Les nerfs qui lâchent, l'adrénaline du cimetière quelques instants auparavant, la futilité de la vie, l'impression de ne pas s'en sortir... Aller boire un chocolat, mon dieu non.
Parce que de toute manière, sa présence est toujours un fardeau pas vrai ?
Il y a des choses dont on ne pouvait guérir. Son enfance par exemple...
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MessageSujet: Re: I'll take it by your side ※ Jodie & Isle   Jeu 24 Oct - 20:08

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« The Tempest ? Oui… Alors quoi, était-ce Caliban au cimetière ? »
Isle se sentit rougir de plus belle. Elle n’était pas certaine que son interlocutrice attende réellement une réponse de sa part. Et si ce n’était pas le cas, si elle ne souhaitait pas que la conversation s’oriente vers les raisons du malaise de la rouquine, alors usait-elle d’ironie ? Etait-elle en train de la moquer ? Si c’était le cas, c’était cruel à son sens, mais très certainement mérité. Pour ne prendre aucun risque, Isle laissa un sourire contrit étirer ses lèvres charnues et détourna le regard.

Elle tâcha de mettre ses vexations de côté pour serrer la main de la brune, au moins aussi pâle qu’elle. Encore qu’avec ses joues rosies par la gêne et ses tâches de rousseurs, elle devait apparaître plus colorée.  
« Oh ne vous en faites pas, vous n’m’ennuyez pas le moins du monde » assura-t-elle, parfaitement sincère.
Elle n’avait pas loisir de partager son goût pour la lecture avec grand monde et ses analyses, elle les gardait pour elle. Aël était trop terre à terre, trop "premier degré", pour percevoir la complexité des personnages mis en scène et les apprécier. Jay était férue de littérature, mais pas celle du même genre. Et puis quand elles se croisaient, son amie souhaitait converser de tout sauf de ce qui était devenu son gagne pain. La bibliothécaire n’avait jamais vraiment beaucoup de temps à lui accorder, quant à ses autres contacts, eh bien elle n’avait jamais osé parler littérature avec elle.
Pourtant, alors que l’occasion se présentait enfin à elle, Isle n’était pas certaine d’avoir envie de se livrer de cette manière et d’exprimer ses opinions à haute voix. Du moins pas avec la femme qui se tenait près d’elle et ne lui avait pas donné son prénom ou nom en échange du sien. Isle pouvait tout à fait concevoir qu’elle n’ait pas envie de sympathiser avec elle et devait paraître au moins aussi étrange à la femme qu’elle-même lui apparaissait, mais ça restait… troublant comme attitude. L’agaçait-elle tout simplement ou y avait-il autre chose ? L’avait-elle tout simplement interrompue à un moment pénible et souhait-t-elle juste s’éclipser pour s’isoler ? La question était stupide, ça paraissait être une évidence. Après tout, elles se trouvaient dans un cimetière. Un lieu sinistre où l’on venait se recueillir, se culpabiliser, se lamenter sur sa propre existence. Un lieu de torture. Et la femme à ses côtés avait l’air plus que torturée…

« Vous pourrez rentrer seule ? »
« O-oui, bien sûr mais… Hem… Et vous ? Vous m’avez l’air bien pâle » chuchota-t-elle presque, craignant de froisser son interlocutrice à l’air peu commode. « Je suis désolée, je devrais peut-être… C’est juste que vous m’avez tendu la main et… J’ai l’impression que c’est à mon tour de… Je n’veux pas me mêler de vos affaires ou me montrer intrusive mais vous semblez… troublée. »
C’était tout ce qu’elle avait trouvé à dire à la place de « vous me semblez sur le point de fondre en larmes ».
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